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25/08/2014 08:24 EDT | Actualisé 25/10/2014 05:12 EDT

Irak : l'EI accusé de "nettoyage ethnique et religieux" par l'ONU (Pillay)

Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navi Pillay, a dénoncé lundi le "nettoyage ethnique et religieux" commis par les jihadistes de l'Etat islamique (EI) en Irak, exhortant la communauté internationale à ne pas laisser ces crimes impunis.

"De graves et horribles violations des droits de l'homme sont commises chaque jour par l'Etat islamique en Irak et au Levant(EIIL, aujourd'hui connu sous le nom d'Etat islamique, EI) et des groupes armés associés. Ils ciblent systématiquement les hommes, les femmes et les enfants en fonction de leur appartenance ethnique, religieuse ou communautaire, et mènent impitoyablement un nettoyage ethnique et religieux dans les régions sous leur contrôle", a déclaré Mme Pillay, dans un communiqué.

"De telles persécutions pourraient constituer des crimes contre l'humanité", a-t-elle ajouté, condamnant ces "violations généralisées et systématiques des droits de l'homme".

"Toutes les parties au conflit en Irak ont la responsabilité de ne pas cibler les civils ou les biens à caractère civil, de prendre toutes les précautions possibles pour protéger les civils des conséquences des hostilités, et de respecter, protéger et satisfaire les besoins humanitaires de la population civile", a-t-elle poursuivi.

"J'exhorte la communauté internationale à s'assurer que les auteurs de ces crimes odieux ne restent pas impunis", a-t-elle dit.

Selon Mme Pillay, les chrétiens, les Yazidis, les Shabaks, les Turcomans, les Kaka'e et les Sabéens figurent parmi ceux qui sont "directement ciblés".

- Crainte d'un "massacre imminent" à Amirli -

Outre le nettoyage ethnique, Mme Pillay dénonce des crimes ciblés, des conversions forcées, des enlèvements, des sévices sexuels, l'esclavage, la destruction de sites religieux ou culturels importants, et le siège de communautés entières en raison de leur appartenance ethnique ou religieuse.

Elle indique notamment avoir reçu des informations faisant état de centaines de personnes, essentiellement des Yazidis, tuées et de plus de 2.500 autres enlevées début août dans la province de Ninive, qui ont été emmenées dans différents lieux à Tal Afar et Mossoul pour être ensuite convertis de force à la religion musulmane. "Selon des témoins, les hommes qui ont refusé de se convertir ont été exécutés, tandis que les femmes et leurs enfants ont été réduits en esclavage (...) ou menacés d'être vendus", a expliqué le Haut-Commissariat.

Mme Pillay dénonce aussi le meurtre et l'enlèvement de "centaines de Yazidis" le 15 août dans le village irakien de Kocho.

D'après l'ONU, "les habitants d'un certain nombre de villages à Sinjar, qui restent assiégés par l'EEIL et des groupes armés associés, sont en grave danger".

"Des membres du personnel de l'ONU en Irak ont reçu des appels téléphoniques des civils assiégés qui vivent dans des conditions épouvantables, avec peu ou pas d'accès à de l'aide humanitaire", a averti Mme Pillay.

Toujours selon l'ONU, au moins 13.000 membres, dont 10.000 femmes et enfants, de la communauté des Turcomans chiites à Amirli, dans la province de Salah al-Din, sont assiégés par les jihadistes et des groupes armés depuis le 15 juin. "Il y a des craintes quant à un massacre imminent", met en garde le Haut-Commissariat.

Par ailleurs, d'après des déplacés interrogés par l'ONU, l'EEIL recrute des enfants des 15 ans et envoie les garçons en première ligne lors des combats pour les utiliser comme des "boucliers humains".

L'ONU a par ailleurs pu vérifier le massacre de détenus de la prison de Badoush, à Mossoul. Au moins 670 prisonniers auraient été tués en fonction de leur appartenance religieuse.

L'Irak est plongé dans le chaos depuis le début, le 9 juin, d'une offensive d'insurgés sunnites menée par les jihadistes de l'EI au nord de Bagdad, qui s'est étendue début août dans le nord de l'Irak.

- Pour une réunion extraordinaire du Conseil des droits de l'homme -

Alarmé par cette situation "qui accroît le risque de génocide", le Comité de l'ONU pour l'élimination de la discrimination raciale (Cerd) a pour sa part appelé lundi à la tenue d'une réunion extraordinaire du Conseil des droits de l'homme de l'ONU sur l'Irak.

Pour cela, le soutien d'un tiers des membres du Conseil (16 membres ou plus) est nécessaire.

Le Cerd exhorte par ailleurs le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, à proposer au Conseil de sécurité la mise sur pied d'une force de paix chargée de créer "une zone sûre" dans la plaine de Ninive afin de permettre le retour des déplacés dans cette région.

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