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25/08/2014 10:00 EDT | Actualisé 25/10/2014 05:12 EDT

France: un nouveau gouvernement attendu mardi, sans les contestataires

Un nouveau gouvernement pour ne rien changer? Contesté par son ministre de l'Economie, le président français François Hollande a chargé lundi son Premier ministre Manuel Valls de constituer d'ici mardi une nouvelle équipe "en cohérence" avec sa politique de rigueur.

Un gouvernement plus homogène, sans Arnaud Montebourg, le trublion de l'Economie ni d'autres ministres également critiques de la "politique d'austérité" de l'exécutif, Benoît Hamon (éducation) et Aurélie Filippetti (culture), mais qui concrétise dangereusement l'étroitesse des soutiens dont peut encore bénéficier le président socialiste élu en mai 2012.

Moins de cinq mois après la nomination de M. Valls à Matignon, les deux têtes de l'exécutif ont décidé de trancher dans le vif, lundi, le désaccord entre la ligne officielle -- restaurer la compétitivité du pays en aidant les entreprises et en coupant dans les dépenses publiques -- et la ligne alternative portée par les exclus, hostiles à "la réduction à marche forcée des déficits publics" jugée contreproductive pour la croissance et pénalisante pour les couches populaires.

Destiné à imposer leur autorité, ce geste survient alors que François Hollande, mais aussi Manuel Valls, sont impopulaires auprès de la majorité des Français, selon les sondages, sur fond de marasme économique persistant: une croissance à l'arrêt au 1er semestre et un chômage au plus haut.

De tous ceux de la Ve République, soit depuis 1958, le gouvernement Valls I aura été l'un de ceux qui auront eu la vie la plus courte, exception faite de ceux formés entre des élections présidentielle et législatives. Ni Manuel Valls ni François Hollande ne se sont encore exprimés sur la crise au sommet de l'Etat, aussi violente que soudaine.

Selon l'Elysée, le choix d'une démission de l'ensemble du gouvernement, plutôt que d'un remaniement limité, "visait à s'assurer que le nouveau s'inscrirait totalement et réellement dans la cohérence de la ligne fixée par le chef de l'État".

Pour vérifier cette cohérence, le Premier ministre a reçu un à un les ministres démissionnaires. Reçu pendant une heure lundi matin par le chef de l'État, Manuel Valls a rencontré une deuxième fois François Hollande en début de soirée.

- Acte d'autorité -

Après l'acte d'autorité posé par le tandem exécutif, la logique voudrait que les "frondeurs" du Parti socialiste qui ont multiplié ces derniers temps leurs critiques envers la politique économique et sociale du gouvernement n'en fassent pas partie. Mais la conséquence en serait un effritement dangereux de la majorité parlementaire du gouvernement.

Les socialistes et leurs alliés radicaux comptent 305 députés alors que la majorité absolue est de 289.

Elu avec le soutien des écologistes et d'une partie de l'extrême gauche, François Hollande ne peut déjà plus compter ni sur ces derniers, passés à une quasi-opposition, ni sur les verts qui n'ont pas participé au gouvernement sortant et ont repris leur liberté de vote.

"Je reste dans la majorité", a toutefois affirmé Benoît Hamon lundi soir sur France 2. Avec Manuel Valls, "nous nous sommes séparés à l'amiable", a pour sa part assuré Arnaud Montebourg après avoir été reçu par le Premier ministre. Il a dit "reprendre (sa) liberté". "Je continuerai à défendre ce que je crois être juste pour la France", a-t-il ajouté, assurant que "la politique d'austérité" menée en Europe est aujourd'hui critiquée de toutes parts.

Dimanche, M. Montebourg avait déclaré avoir demandé à François Hollande une "inflexion majeure" de la politique économique de la France, après avoir, samedi, demandé de "hausser le ton" vis-à-vis de l'Allemagne. Mercredi François Hollande avait dit ne pas vouloir de "face-à-face" avec Berlin.

Dimanche soir, l'entourage de Manuel Valls avait jugé que M. Montebourg avait "franchi une ligne jaune".

Plusieurs responsables politiques de tous bords ont envisagé lundi une dissolution en réponse à la crise gouvernementale, telle la présidente du Front National (extrême droite), Marine Le Pen.

"C'est une crise politique qui n'est pas loin de la crise de régime", a déclaré le dirigeant centriste François Bayrou. "Ce qui est en cause, c'est l'explosion de la gauche avec deux camps désormais en affrontement ouvert", a-t-il relevé.

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