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Le ministre français de l'Economie appelle à "hausser le ton" face à l'Allemagne

Le ministre français de l'Economie, Arnaud Montebourg, estime qu'il faut "hausser le ton" face à l'Allemagne "prise au piège de la politique austéritaire (sic)", jugeant que la France, où la croissance tarde à percer, ne pouvait plus "se laisser faire", dans un entretien samedi au quotidien Le Monde.

"Il faut hausser le ton. L'Allemagne est prise au piège de la politique austéritaire qu'elle a imposée à toute l'Europe", déclare le ministre socialiste. "Quand je dis l'Allemagne, je veux parler de la droite allemande qui soutient Angela Merkel. La France n'a pas vocation à s'aligner sur les axiomes idéologiques de la droite allemande", affirme M. Montebourg.

"Je ne peux que remercier Sigmar Gabriel, mon homologue socialiste à l'Economie, qui pousse dans le même sens que nous. Mais nous ne pouvons plus nous laisser faire", insiste le ministre, connu pour ses prises de parole parfois tranchées ayant suscité dans le passé la polémique au sein de sa majorité.

Ces déclarations interviennent après la fin de non-recevoir infligée par Berlin à l'appel du président français, François Hollande, à une réorientation des politiques européennes en faveur de la croissance et de l'emploi, dans un contexte de morosité économique persistante en France.

La volonté affichée de "hausser le ton" de M. Montebourg prend le contrepied de celle d'apaisement affichée par M. Hollande après cet épisode, le chef de l'Etat ayant déclaré cette semaine qu'il ne voulait pas de "face-à-face" avec Berlin.

François Hollande a assuré mercredi qu'il s'agissait "d'un débat européen", réclamant une nouvelle fois que "toutes les flexibilités prévues par les traités en cas de circonstances exceptionnelles" soient exploitées afin d'"adapter" le rythme des réductions des déficits publics.

Ceux-ci, a admis le ministre français des Finances, Michel Sapin, dépasseront les 4% du PIB cette année, ce qui exclut de facto un retour aux 3% en 2015 comme la France s'y était engagée.

Interrogé au cours d'une conférence de presse sur les déclarations d'Arnaud Montebourg, François Hollande en visite aux Comores a répondu: "je souhaite que nous puissions convaincre nos partenaires européens de donner une priorité à la croissance. Tous ceux qui portent cette idée sont les bienvenus et c'est la position de tout le gouvernement".

"Rien de choquant, rien de nouveau" dans ces propos, a réagi de son côté le cabinet du Premier ministre Manuel Valls, sollicité par l'AFP.

"La donne européenne est en train de changer. Le président de la République et le Premier ministre agissent dans ce sens et le Premier ministre attend du ministre (Arnaud Montebourg, ndlr) un engagement total sur la loi sur la croissance et le pouvoir d'achat", a-t-on précisé de même source.

Dans son interview au Monde, M. Montebourg stigmatise également l'Allemagne, sans la citer, pour son rôle à la Banque centrale européenne (BCE) dans l'adoption de la politique monétaire dans la zone euro.

Selon lui, "aujourd'hui, malheureusement, les faucons de l'inflation, qui combattent l'inflation quand elle disparaît en oubliant de combattre l'essentiel, le chômage de masse, sont surreprésentés à la Banque centrale européenne", estime M. Montebourg.

Aux premiers rangs de ces "faucons" figurent les Allemands qui estiment traditionnellement que le rôle de la BCE doit se restreindre à limiter l'inflation, et qui sont opposés à l'idée qu'elle puisse racheter des obligations d'Etat, ce qui reviendrait à financer presque directement les pays.

"Nous avons deux problèmes : la politique budgétaire européenne, avec l'accumulation des plans d'austérité dans tous les pays de l'Union, et la politique monétaire, excessivement verrouillée. Les leçons des années 1930 devraient nous faire comprendre que c'est le chômage qui provoque un durcissement et une montée de la violence dans les sociétés européennes", a résumé Arnaud Montebourg.

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