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A Donetsk, les bombes tombent et les civils meurent

Des corps recouverts d'un drap sur le bitume ou au pied d'un immeuble : au moins six civils sont morts sous les bombes tombées samedi sur Donetsk, fief séparatiste de l'Est de l'Ukraine.

Dès 06H00 (03H00 GMT), le centre de cette ville qui comptait un million d'habitants avant le conflit entre les rebelles et les forces loyales à Kiev, est réveillé par de violentes explosions.

La municipalité annonce très vite la mort de trois civils. Vers 16H00, dans le quartier de Kalininski (est), un homme, une femme et une enfant seront ensuite tués, a constaté l'AFP. Selon plusieurs voisins, il s'agit d'un père, d'une mère et de leur fille.

Les combats entre l'armée ukrainienne et les combattants prorusses ont fait plus de 2.000 morts dans l'Est, selon l'ONU qui, dans un rapport fin juillet, a reproché aux belligérants des deux côtés "d'avoir recours à des armes lourdes dans des zones habitées".

En bordure nord du centre de Donetsk, tôt samedi matin, l'avenue Molodykh Shakhtariv (la rue des Jeunes mineurs) est percée par une petite dizaine de cratères, les façades sont trouées d'éclats d'obus. De part et d'autre d'une voie de tramway, deux corps gisent, recouverts de draps ensanglantés.

Une femme pleure. Elle est la belle-fille d'une des victimes, deux hommes d'âge mur. Elle téléphone à son mari, lui annonce la mort de son père, lui dit qu'il faut apporter son passeport pour établir son identité.

De l'autre côté, quelques cheveux blancs et des mains comme jointes s'échappent du drap, devant des femmes hébétées. Un homme d'une soixantaine d'années arrive, soulève le linge, découvre le front troué en son centre par un éclat d'obus. La victime est en chien de fusil, la jambe gauche quasiment arrachée.

"Mon petit frère, mon petit frère...", "Pourquoi étais-tu ici?", se lamente l'homme en russe. Puis, devant des rebelles armés et silencieux, il laisse libre cours à sa rage contre Kiev : "Il faut tuer tous ces fascistes!".

Des riverains sortent pour travailler, passent devant les corps, se signent parfois. "Je vais te fermer les yeux", dit l'homme à la dépouille. Puis il allume une cigarette, s'accroupit devant son frère jusqu'à ce qu'il soit chargé à l'arrière d'une camionnette poussive.

Pourquoi ces deux hommes sont-ils morts? Les rebelles accusent les forces loyalistes de tuer délibérément les civils. Mais, discrètement, des riverains désignent cent mètres plus haut, un bâtiment ocre et rectangulaire, surmonté d'antennes et entouré de caméras. Par les fenêtres, on peut voir des hommes en uniformes. C'est peut-être cette bâtisse, intacte, qui était visée. Auquel cas le tir était trop court.

C'est peut-être aussi un tir mal ajusté, sans qu'il ne soit possible d'en déterminer l'auteur, qui a causé la mort des trois civils de Kalininski, un quartier excentré à l'est. Un cantonnement du bataillon Vostok, des volontaires séparatistes russes et ukrainiens, est à quelques centaines de mètres.

Vers 16H00, après un barrage de tirs d'artillerie entendu à plusieurs kilomètres, une fumée noire épaisse s'élève au-dessus d'un ensemble d'immeubles bas.

Deux étages sous un appartement éventré, au pied d'une cage d'escalier, gisent les corps d'un homme et d'une femme. Un peu plus loin, près d'un arbre, celui d'une enfant, couchée sur le dos, le visage recouvert d'un linge.

"C'est un père, une mère et leur fille", dit une voisine dans un témoignage corroboré par deux autres riverains. La soeur cadette, blessée à la tête, a été transportée à l'hôpital sans que son état ne soit connu, selon ces témoignages.

En cette journée d'été, la famille était dans l'espace arboré au milieu des immeubles quand parvint le bruit du départ des bombes, raconte une voisine. Ils tentaient de courir vers un abri quand ils ont été fauchés par un obus.

Prostré en état de choc devant le corps de l'enfant, son grand-père, le visage couvert de poussière. Un peu plus loin, une femme, la grand-mère selon des voisins, hurle dans les bras d'un jeune homme au visage ensanglanté.

Les bombes recommencent très vite à pleuvoir sur le secteur. En début de soirée leur fracas était toujours entendu de façon épisodique depuis le centre de Donetsk.

ng/lap/neo/sym

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