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20/08/2014 10:22 EDT | Actualisé 20/10/2014 05:12 EDT

USA: le ministre de la Justice attendu à Ferguson, première nuit globalement calme

Le ministre américain de la Justice, Eric Holder, était attendu mercredi matin à Ferguson, petite ville du Missouri qui a connu sa première nuit relativement calme après avoir été secouée pendant dix jours par des émeutes raciales.

Un grand jury, chargé de décider s'il y a lieu de poursuivre le policier qui a abattu un jeune Noir non armé le 9 août, doit commencer à étudier l'affaire mercredi. Un porte-parole du procureur du comté de Saint-Louis avait indiqué la veille que les premières éléments de l'enquête leur seraient présentés.

M. Holder, lui-même d'origine afro-américaine, se rend dans cette ville du centre des Etats-Unis à la demande du président Barack Obama. Dans la matinée, il doit y rencontrer des responsables locaux mais aussi des enquêteurs du FBI et des procureurs.

Il a fait la "promesse" mardi que l'enquête "serait complète, équitable, et indépendante", tout en précisant qu'elle "prendrait du temps".

"Pour commencer le processus de réconciliation, les actes de violence doivent avant tout cesser dans les rues de Ferguson", a-t-il plaidé, estimant que les actes d'une minorité d'individus étrangers à Ferguson "affectent gravement, plutôt qu'ils ne la font avancer, la cause de la justice".

Pour la première fois en une dizaine de jours, les manifestations se sont déroulées globalement dans le calme dans la nuit de mardi à mercredi. La police a toutefois annoncé avoir arrêté 47 personnes dans la nuit.

Plusieurs centaines de personnes s'étaient rassemblées mardi soir pour exprimer leur colère et réclamer justice, près de l'endroit ou Michael Brown, 18 ans, a été tué dans des circonstances controversées.

"Ne tirez pas!" scandaient les manifestants, les mains en l'air, à l'attention des membres des forces antiémeute qui, après avoir pendant une dizaine de nuits tenté d'assurer le maintien de l'ordre avec des blindés et des jets de gaz lacrymogène, ont opté pour un profil bas.

Accusée de brutalités par de nombreux habitants de cette ville à population majoritairement noire, la police n'est intervenue que brièvement pour mettre fin à une altercation, et les manifestants ont pu reprendre leur marche dans le calme, selon un journaliste de l'AFP.

- Des funérailles publiques -

L'arrivée inattendue sur place d'un "train de la paix" provenant d'un parc d'attractions pour enfants et diffusant la chanson du chanteur noir décédé Marvin Gaye "What's going on" (Que se passe-t-il) a même apporté une note carnavalesque à la manifestation.

Vers minuit (05H00 GMT mercredi), la police a repoussé les manifestants qui restaient, sans faire usage de gaz lacrymogène, vers une aire de protestation nouvellement établie.

Mais une heure plus tard, 47 manifestants qui jetaient des bouteilles d'eau et d'urine sur les policiers ont été arrêtés, a annoncé à la presse Ron Johnson, capitaine de police responsable du maintien de l'ordre, précisant que trois armes avaient été saisies.

Il s'est félicité toutefois que, contrairement à la nuit précédente, la police n'ait pas essuyé de coups de feu ni utilisé de gaz lacrymogène. "Ce soir nous avons vu une dynamique différente", a-t-il dit.

Les avocats de la famille de Michael Brown ont précisé mardi que ses funérailles auraient lieu lundi, seraient "publiques" et se dérouleraient sous l'égide de "leaders nationaux". Mercredi matin, plus de 100.000 dollars de dons avaient été récoltés sur un site pour financer les frais des obsèques.

Pas moins de trois autopsies ont été demandées, par les autorités locales, la famille et le ministre de la Justice, pour faire la lumière sur les circonstances de la mort de Michael Brown.

Les versions de la police et de plusieurs témoins divergent. Pour les uns, Michael Brown aurait tenté de se saisir de l'arme du policier qui l'a abattu. Pour plusieurs témoins, dont l'ami de Michael Brown qui l'accompagnait, il avait les mains en l'air.

Lundi, les résultats de l'autopsie demandée par la famille ont conclu que le jeune homme avait été atteint d'au moins six balles.

La mort de Michael Brown a pris une dimension nationale et fait la une aux Etats-Unis où elle a ravivé le spectre des émeutes raciales.

Human Rights Watch, dont plusieurs représentants sur place ont dénoncé les violences policières, a appelé mercredi à une amélioration du système de collecte des abus policiers auxquels les policiers locaux ne sont pas soumis. L'organisation a également demandé au Congrès d'abroger la loi sur le profilage racial qui prévoit la formation des policiers à ces techniques controversées.

Pour "établir un nouveau dialogue", le maire de la ville, James Knowles, a annoncé mardi une série de mesures, dont le soutien aux programmes qui favorisent le recrutement de Noirs au sein de la police.

Sur la cinquantaine de policiers de la ville, dont la population est noire à 67%, seulement trois sont afro-américains.

bur-rom/rap