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20/08/2014 10:55 EDT | Actualisé 20/10/2014 05:12 EDT

Présidentielle en Indonésie: la justice se prononce sur le recours du perdant

La justice indonésienne se prononce jeudi sur le recours de l'ex-général Prabowo Subianto accusant son rival à la présidentielle de juillet de lui avoir "volé" la victoire grâce à des fraudes massives, une procédure qui a peu de chances d'aboutir, selon des experts.

Des dizaines de milliers de policiers et militaires sont mobilisés à Jakarta et dans les environs de la capitale pour l'annonce de la décision de la Cour constitutionnelle attendue dans l'après-midi, par crainte de violences à la suite d'un des scrutins les plus disputés en Indonésie, la troisième démocratie au monde.

Le gouverneur de Jakarta, Joko Widodo, surnommé Jokowi, a recueilli 53,15% des voix, contre 46,85% pour Prabowo, à l'élection du 9 juillet, consacrant pour la première fois la victoire d'un candidat qui n'est pas issu de l'élite politico-militaire, un ex-vendeur de meubles dont la carrière politique a connu une ascension fulgurante.

Mais l'ex-général s'était déclaré lui aussi vainqueur du scrutin peu après l'annonce des premières estimations, confirmées le 22 juillet par les résultats définitifs. Et depuis, il a mobilisé une armée d'avocats pour tenter d'obtenir gain de cause auprès de la juridiction suprême, dénonçant "la malhonnêteté et l'injustice" de ce scrutin.

Des analystes ont pourtant estimé que la présidentielle dans ce pays d'Asie du Sud-Est de 250 millions d'habitants avait été l'une des plus libres et des plus équitables de l'histoire en Indonésie, et avaient mis en exergue sa transparence exemplaire.

Mais Prabowo, un ex-militaire accusé de violations des droits de l'homme par les ONG et qui cherche depuis une décennie à accéder à la fonction suprême, refuse de concéder sa défaite. Comme à son habitude, il s'est montré très offensif devant les juges de la Cour suprême au début du mois, allant jusqu'à comparer la jeune démocratie indonésienne à la Corée du Nord.

- Preuves 'très faibles' -

L'équipe de l'ex-général a affirmé dans les milliers de documents déposés devant la cour que des fraudes ont été constatées dans des milliers de bureaux de vote de l'archipel, mais des analystes indépendants estiment qu'il n'obtiendra pas gain de cause devant les neuf juges de la juridiction suprême.

"Ils vont rejeter le recours" en raison des preuves "très faibles" apportées par Prabowo Subianto pour étayer ses accusations, a déclaré l'analyste indépendant Tobias Basuki, du Centre pour les études internationales et stratégiques.

Des recours en vue de contester les résultats de l'élection présidentielle avaient déjà été déposés à l'issue des deux précédents scrutins, en 2004 et 2009, mais avaient été rapidement écartés par la Cour constitutionnelle faute de preuves suffisantes.

La décision de la cour va clore le chapitre judiciaire de la présidentielle, ne pouvant être contestée devant aucune juridiction. Mais en cas de rejet de sa procédure, Prabowo n'entend pas baisser les bras et va vraisemblablement poursuivre son combat sur le terrain politique après avoir lancé cette semaine à ses partisans que la lutte avait "seulement commencé".

La présidentielle du 9 juillet est la plus disputée depuis la transition démocratique en Indonésie après la chute du dictateur Suharto (au pouvoir de 1967 à 1998), marquée par des violences qui avaient fait des dizaines de morts.

La victoire de Jokowi, issu d'un milieu modeste et sans aucun lien avec le régime autocratique du passé, marque l'avènement d'une nouvelle génération d'hommes politiques dans le plus grand pays musulman au monde et première économie d'Asie du Sud-Est.

Agé de 53 ans, Jokowi entend poursuivre les réformes démocratiques de l'ère post-Suharto. Dès le lendemain de sa victoire, il a commencé à former une "équipe de transition" en attendant sa prise de fonctions officielle le 20 octobre, date de la fin du mandat de l'actuel chef de l'Etat, Susilo Bambang Yudhoyono.

bur-bfi/myl