NOUVELLES
20/08/2014 09:12 EDT | Actualisé 20/10/2014 05:12 EDT

Nigeria : mutinerie de soldats qui demandent de meilleures armes contre Boko Haram

Un groupe d'environ 70 soldats nigérians a refusé de participer à une opération contre le groupe islamiste armé Boko Haram dans le nord-est du pays, exigeant d'être équipés de meilleures armes, ont indiqué plusieurs mutins à l'AFP mercredi.

Les soldats ont reçu l'ordre mardi de quitter leur caserne de Maiduguri, la capitale de l'Etat de Borno (nord-est), épicentre de l'insurrection islamiste, pour se diriger vers la zone de Gwoza, tout près de la frontière camerounaise, dont les combattants de Boko Haram se sont emparés il y a deux semaines après un raid sanglant.

"Nous avons juré de ne pas bouger d'un pouce jusqu'à ce que nos supérieurs nous fournissent les armes nécessaires pour affronter et déloger Boko Haram qui a de bien meilleures armes", a témoigné à l'AFP l'un des mutins sous couvert d'anonymat.

"Boko Haram nous tire comme des lapins parce qu'on ne nous donne pas les armes qu'il faut pour nous battre, ça suffit comme ça", a déclaré un autre soldat, également sous couvert d'anonymat.

Le groupe de mutins a indiqué s'être installé sur un terrain dans la banlieue de Maiduguri.

Interrogé par l'AFP, le porte-parole des armées Chris Olukolade s'est refusé à confirmer cette mutinerie.

"Nos soldats sont trop disciplinés et patriotes pour commettre un tel outrage", a-t-il déclaré, ajoutant toutefois qu'il ne pouvait qualifier "aucune action de mutinerie" avant qu'une "enquête" ait été menée et qu'une "cour militaire se soit prononcée".

Certains experts indépendants et des responsables politiques comme le gouverneur de l'Etat de Borno Kashim Shettima ont déjà estimé que l'armement des militants de Boko Haram était supérieur à celui de l'armée.

Des habitants des localités attaquées par les islamistes ont affirmé que les insurgés disposaient de lance-roquettes, d'armes anti-char montées sur pick-up et parfois de véhicules de transport de troupes blindés.

Par comparaison, les soldats de l'armée se retrouvent souvent à court de munitions pour leur fusils d'assaut Kalachnikov et manquent de moyens de communication élémentaires pour des opérations de combat dans le bush.

Des épouses et des enfants de militaires de Maiduguri avaient manifesté il y a une dizaine de jours pour protester contre le sous-équipement de leurs maris appelés à combattre les militants islamistes.

"Nous sommes fatiguées d'enterrer nos êtres chers", dénonçait une épouse, Thabita John.

Selon l'un des soldats mutins, le groupe a été révolté par le bilan meurtrier d'une opération pour reprendre la ville de Damboa, capturée par Boko Haram le mois dernier.

"Nous avons repris Damboa mais au prix d'un coût élevé (en hommes) car l'ennemi avait un meilleur armement", a affirmé ce soldat.

Le président nigérian Goodluck Jonathan, critiqué pour son incapacité à combattre les islamistes et à retrouver les quelque 200 lycéennes qu'ils ont enlevées en avril, a demandé l'accord du parlement pour souscrire un emprunt d'un milliard de dollars (750 millions d'euros) à l'étranger pour améliorer rapidement l'équipement de l'armée.

Mais la session parlementaire s'est achevée avant que cette demande soit examinée.

Certains analystes ont noté que cette demande d'emprunt était une manière tacite de reconnaître que l'armée était dépassée par Boko Haram.

Les attaques du groupe islamiste sont devenues quasi quotidiennes depuis le début de l'année dans le nord-est du Nigeria. Plus de 4.000 personnes ont été tuées, selon Amnesty International, qui dénonce aussi la répression aveugle de l'armée.

Des villes entières ont été rasées et plus de 600.000 personnes ont dû fuir leurs foyers, selon l'ONU.

Le président Jonathan avait évoqué en mai un bilan global de 10.000 morts depuis le début de l'insurrection en 2009, mais ni l'ONU ni les organisations non gouvernementales n'ont donné de bilan récent.

abu-bs/phz/de/sd