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20/08/2014 12:16 EDT | Actualisé 20/10/2014 05:12 EDT

L'Afghanistan ordonne l'expulsion du correspondant du New York Times

L'Afghanistan a ordonné mercredi l'expulsion d'un journaliste du New York Times, après un article affirmant que des responsables afghans envisageaient de prendre le pouvoir pour mettre fin à la crise liée à l'élection présidentielle qui n'a toujours pas de vainqueur.

Les autorités afghanes avaient interdit mardi à Matthew Rosenberg, correspondant du quotidien américain à Kaboul depuis trois ans, de quitter le pays après la publication de cet article le même jour.

Le New York Times et le département d'État américain avaient dénoncé cette décision, que les autorités ont en quelque sorte inversée mercredi en ordonnant l'expulsion du journaliste dans les 24 heures.

"Cette décision a été prise après que le procureur général a pris connaissance de l'article sur l'impasse électorale et la suggestion d'un gouvernement intérimaire, sur la base de sources gouvernementales anonymes", a indiqué mercredi le bureau du procureur dans un communiqué.

Le département d'Etat a encore une fois mercredi "condamné" cette expulsion, considérée comme "un recul significatif, et peut-être même sans précédent, pour la liberté de la presse en Afghanistan".

Le pays est politiquement paralysé depuis le premier tour de la présidentielle en avril, suivi par un second tour en juin, qui n'a pas permis de départager sans conteste les rivaux Abdullah Abdullah et Ashraf Ghani.

MM. Abdullah et Ghani ont signé début août, sous l'égide du secrétaire d'État américain John Kerry, un accord pour former un gouvernement d'unité nationale, quel que soit le vainqueur de la présidentielle.

Les deux rivaux se sont aussi engagés à accepter les résultats du scrutin après l'examen en cours des 8,1 millions de bulletins de vote. Mais cet audit complexe avance à pas de tortue et les risques de désaccord entre les deux rivaux persistent.

Or, M. Rosenberg avait rédigé un article dans lequel il affirmait que de "puissantes personnalités gouvernementales", disposant de liens avec l'appareil sécuritaire, "menaçaient" de former un "gouvernement intérimaire" si le pays ne parvenait pas à sortir rapidement de la crise politique.

"Depuis le début de l'élection, le New York Times a publié de nombreux articles du même genre sur la foi (de propos) de responsables gouvernementaux requérant l'anonymat", a souligné le bureau du procureur pour expliquer l'expulsion.

Selon le journal, Matthew Rosenberg, 40 ans, avait été convoqué mardi par un responsable pour révéler l'identité de ses sources, ce qu'il avait refusé de faire.

Interrogé par l'AFP, M. Rosenberg a répondu que Kaboul n'avait pas encore informé son journal d'un "ordre de partir".

"Ils envoient des communiqués aux médias, ce qui pour nous revient à amuser la galerie. A aucun moment, ils n'ont dit que nous avions violé la loi", a-t-il dit. "C'est une affaire politique, et le procureur général fait le boulot du gouvernement", a-t-il également assuré.

"La liberté de la presse a été l'une des grandes réussites des douze dernières années, c'est donc un peu consternant", a conclu le journaliste.

Également interrogé par l'AFP, le porte-parole du président Hamid Karzaï, Aimal Faizi, a soutenu que l'expulsion de M. Rosenberg "visait simplement à faire cesser les effets nocifs des articles du New York Times", et ne constitue "certainement pas une attaque contre la liberté de la presse" en général.

"Au cours des derniers mois, les problèmes soulevés dans les articles du New York Times sur l'élection afghane représentent des menaces à la sécurité nationale et la stabilité du pays", a affirmé M. Faizi.

Selon M. Rosenberg, le quotidien sollicite des conseils juridiques et n'a pas encore pris de décision sur son départ prochain ou non d'Afghanistan.

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