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20/08/2014 05:47 EDT | Actualisé 20/10/2014 05:12 EDT

Comment une guérisseuse traditionnelle a répandu Ebola en Sierra Leone

Ebola a consumé la Sierra Leone, fauchant des centaines de vies. Mais sans l'étincelle allumée par une guérisseuse traditionnelle qui prétendait soigner la fièvre hémorragique, attirant des malades de la Guinée voisine, l'incendie aurait pu ne jamais franchir la frontière.

Cette herboriste de Sokoma, un village reculé proche de la frontière guinéenne, "affirmait avoir le pouvoir de guérir Ebola", raconte à l'AFP Mohamed Vandi, plus haut responsable médical de Kenema, dans l'est de la Sierra Leone, épicentre de l'épidémie.

"Des malades de Guinée traversaient la frontière pour venir se faire soigner" par cette femme, ajoute-t-il. "Elle a été infectée puis est morte. Pendant ses funérailles, des femmes des environs ont été contaminées à leur tour".

Les participants à ces obsèques se sont ensuite dispersés à travers les collines de la région frontalière, déclenchant une réaction en chaîne de décès, puis d'enterrements publics, propices à de nouvelles contaminations.

La flambée s'est transformée en épidémie lorsqu'elle a atteint le 17 juin Kenema, une ville multiethnique de 190.000 habitants qui détenait déjà le triste record mondial de fièvre de Lassa, une autre fièvre hémorragique, proche d'Ebola.

Mais malgré son expérience de ce type de maladie, l'hôpital décrépit de Kenema n'était pas de taille à résister à la brutalité du nouveau virus.

Des photos froissées d'infirmières décédées épinglées sur les tableaux d'affichage des murs écaillés de l'établissement étalent l'effroyable tableau de chasse d'Ebola.

Douze infirmières figurent parmi les 277 morts enregistrés depuis le premier cas admis à l'hôpital de Kenema. Une dizaine d'autres ont été contaminées avant de guérir.

L'établissement abrite la seule unité au monde d'isolement contre la fièvre de Lassa, distincte du bâtiment principal, et possède maintenant une section d'isolement pour Ebola, construite à la hâte.

"Les infirmières mortes et celles qui ont survécu ne pouvaient pas savoir qu'elles seraient infectées. Nous livrons une nouvelle bataille. Le virus Ebola est nouveau ici et nous apprenons au fur et à mesure", reconnaît M. Vandi.

- Moyens de fortune -

Responsable depuis plus de 25 ans de la salle de traitement de la fièvre de Lassa, Mbalu Fonnie avait survécu à cette fièvre hémorragique mais pas à Ebola, qu'elle a contracté en juillet d'un patient, pour mourir quelques jours plus tard.

Ce décès et celui de deux autres infirmières et d'un ambulancier ont provoqué une grève de la centaine d'infirmières contre la mauvaise gestion du centre anti-Ebola.

"Partout où le virus Ebola frappe pour la première fois, il touche un pourcentage élevé de personnels de santé", souligne Mohamed Vandi. "Le virus Ebola est mortel et implacable. A la moindre erreur, il vous contamine".

Le virologiste Umar Khan, héros de la lutte contre Ebola en Sierra Leone, est mort en juillet après avoir sauvé une centaine de vies et, depuis, au moins neuf infirmières ont succombé.

L'unité anti-Ebola compte 80 lits, presque le double de sa capacité. Le personnel est volontaire et beaucoup d'infirmières ont refusé d'y travailler.

Certains affirment avoir travaillé sans relâche pendant des semaines, à raison de 12 heures par jour.

Le mari de Rebecca Lansana, décédée en août, Emmanuel Karimu, précise à l'AFP qu'elle a été transférée de la maternité dans ce service après une formation express d'une semaine.

Un jour, après le travail, elle a commencé à ressentir de la fièvre et, craignant le pire, est allée subir un test, qui s'est révélé positif.

"Ils l'ont admise le jour même dans l'unité anti-Ebola et quatre jours plus tard, elle est morte", dit Emmanuel Karimu, qui accuse l'hôpital de ne pas fournir de matériel de protection adéquat.

Depuis, la formation du personnel a été nettement améliorée, avec l'aide d'agences humanitaires internationales et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), assure l'hôpital.

Depuis qu'une obscure guérisseuse locale a promis le salut aux victimes de l'épidémie qui s'est déclarée au début de l'année en Guinée, le virus a contaminé 848 personnes en Sierra Leone, en tuant 365, selon le dernier bilan de l'OMS.

Les statistiques "nous montrent une chose: Ebola est ici parmi nous et son impact sur nous est réel", a rappelé le responsable gouvernemental pour la région de l'est, Maya Kaikai, lors d'une conférence de presse à Kenema.

"C'est une maladie qui se répand très vite", a-t-il prévenu, "sans se soucier du niveau d'études, du statut économique, de l'appartenance politique, de l'âge, du groupe ethnique, du genre ou de la religion".

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