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Ultime espoir pour l'Argentine, un accord banques-fonds "vautours"

Des tractations entre banques internationales et fonds "vautours" devaient se poursuivre vendredi à New York, ultime espoir de résoudre le litige opposant l'Argentine à des fonds spéculatifs qui a abouti à un défaut de paiement partiel de la 3e économie d'Amérique latine.

Des émissaires de l'Argentine et de fonds "vautours", notamment NML et Aurelius, opposés depuis des années dans un litige sur la dette, sont convoqués vendredi par le juge américain Thomas Griesa pour une audience, dont le gouvernement argentin n'attend aucune solution au conflit.

"Nous ne pouvons pas avoir d'attentes favorables car (Griesa, qui suit le dossier depuis 10 ans) a toujours eu une vision partiale", a déclaré avant l'audience le chef du gouvernement argentin Jorge Capitanich.

Selon lui, l'audience de vendredi sera consacrée à des aspects de second plan du "processus de paiement", dit-il en référence à l'échéance de 539 millions de dollars due aux créanciers restructurés de l'Argentine, versée par Buenos Aires le 26 juin.

Cette somme est bloquée dans une banque américaine car la justice américaine a ordonné à l'Argentine de régler sa dette aux fonds "vautours" avant de procéder à tout remboursement de dette auprès des autres créanciers.

C'est le non paiement au 30 juillet de ces 539 millions USD qui a valu à l'Argentine d'être déclarée en "défaut de paiement partiel".

Les négociations entre l'Argentine et les fonds "vautours" ont échoué mais il subsiste l'espoir d'une solution impliquant des banques internationales proposant de racheter la dette, dont l'américaine JPMorgan.

"Les banques rachèteraient 100% de la dette due par l'Argentine aux holdouts qui ont gagné en justice contre l'Argentine et verraient ensuite comment se faire rembourser par Buenos Aires", avance l'économiste argentin Guillermo Nielsen.

L'Argentine a lancé mercredi et jeudi de lourdes accusations contre le juge Thomas Griesa et le médiateur nommé par ce dernier Daniel Pollack, et plus généralement mis en cause l'indépendance de la justice américaine, accusée par Buenos Aires de bienveillance vis-à-vis des fonds NML et Aurelius.

Pour la présidente de centre-gauche Cristina Kirchner, l'Argentine n'est pas en défaut de paiement. "Défaut sélectif? Cela n'existe pas, a-t-elle insisté. Le défaut, c'est de ne pas payer. Nous avons la volonté de dialoguer mais nous devons défendre nos droits et les intérêts du pays", a-t-elle souligné.

"Que ce monde mette un frein aux fonds vautours et aux banques insatiables qui veulent s'enrichir avec une Argentine à genoux", a-t-elle ajouté.

Ces protestations n'ont pas empêché l'agence de notation Fitch de déclarer jeudi l'Argentine en "défaut partiel", comme l'avait fait la veille Standard and Poor's, tandis que Moody's annonçait vendredi qu'elle maintenait la note de Buenos Aires mais abaissait sa perspective à "négative".

Les fonds ayant gagné une longue bataille judiciaire avec Buenos Aires, détenteurs de moins d'1% de la dette argentine, font chanceler un processus de désendettement rassemblant 93% des créanciers privés de l'Argentine. Lors des restructurations de la dette de 2005 et 2010, ces derniers ont consenti un rabais de 70% pour permettre à l'Argentine de se relancer, alors que les fonds "vautours" ou "holdouts" refusaient le marché et exigeaient 100% de leur dû.

Dans un pays déjà fragilisé par la récession, une 'inflation de 30% et un déficit budgétaire et énergétique, l'inquiétude monte, même si la situation est loin d'être aussi grave que lors de la crise de 2001. Buenos Aires continue de payer ses autres créanciers, alors qu'en 2001, l'Argentine s'était déclarée en défaut pour 82 milliards de dollars.

L'Argentine affirme vouloir honorer ses dettes mais martèle que si elle applique la décision judiciaire américaine de verser 1,3 milliard de dollars aux fonds spéculatifs, elle viole la clause RUFO figurant dans les contrats de la dette restructurée spécifiant que tous les créanciers doivent bénéficier des mêmes conditions de remboursement.

La décision de justice ordonnant à l'Argentine de payer 100% de la valeur des bons aux fonds NML et Aurelius (1% des créanciers) contrevient à cette clause car 93% des créanciers restructurés touchent environ 30% des sommes initialement dues.

Dans une lettre adressée au Congrès, une centaine d'économistes américains ont estimé que "le jugement bloquant tout paiement de l'Argentine à 93% de ses créanciers pourrait causer des dégâts économiques inutiles au système financier international et aux intérêts des Etats-Unis et de l'Argentine".

Selon les analystes, une des premières conséquences du défaut de paiement est de maintenir l'Argentine à l'écart des marchés internationaux des capitaux, alors que Buenos Aires espérait y lever à nouveau des fonds pour financer notamment de coûteux investissements dans l'exploitation de nouveaux gisements pétroliers et gaziers.

Depuis sa faillite en 2001, l'Argentine a progressivement remboursé sa dette grâce notamment aux prélèvements fiscaux sur les exportations agricoles, notamment le soja, passant en 10 ans d'un endettement de 160% du PIB à 40% actuellement.

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