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La production pétrolière menacée en Colombie par les guérillas

Les attaques de guérillas contre les installations pétrolières en Colombie mettent en péril le maintien de sa production de brut, la quatrième d'Amérique latine, mais aussi l'intérêt des investisseurs.

Depuis le début de l'année, quelque 39 actes de sabotage ont visé les infrastructures pétrolières, contraignant à la fermeture durant deux mois du principal oléoduc du pays, alors que ce secteur représente 5% du Produit intérieur brut.

"Il va être difficile de répondre aux objectifs de production si la situation se poursuit. La production devait franchir la barre du million de barils journaliers pour le reste de l'année", a affirmé à l'AFP Maria Adelaida Velasquez, analyste spécialisée dans le domaine de l'énergie pour la société Serfinco.

"Les attaques sont moins nombreuses mais elles ont été plus fortes", signale-t-elle.

Le ministre des Mines et de l'Energie, Amylkar Acosta, a lui-même admis que l'objectif officiel de 1.027.000 barils par jour en 2014 était désormais compromis.

La question de l'"ordre public" est "l'un des facteurs qui freinent les opérations", a-t-il reconnu dans un récent entretien au quotidien économique Portafolio, tout en mentionnant les conflits sociaux et les délais d'obtention des licences environnementales.

Bien qu'engagées dans un processus de paix avec le gouvernement, les deux guérillas communistes en activité, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) et l'Armée de libération nationale (ELN), qui comptent respectivement selon les autorités 8.000 et 2.500 combattants après un demi-siècle d'existence, continuent de prendre pour cible l'industrie pétrolière, locomotive de l'économie.

Après avoir connu un vrai boom avec une hausse de 6,6% entre 2012 et 2013, la production de pétrole a connu un certain ralentissement. L'an dernier, elle est même retombée sous le million de barils quotidien entre mars et mai.

Au cours du premier semestre de 2014, la Colombie a perdu 5 millions de dollars de bénéfices en raison de la chute de la production, a déclaré cette semaine le ministre des Finances, Mauricio Cardenas, à la radio Blu.

Cette années, plus de 40.000 barils ont même été déversés dans la nature par des membres de groupes armés, selon des chiffres du ministère de l'Environnement.

"Cela peut être une stratégie de la guérilla pour les négociations", a expliqué à l'AFP César Cuervo, analyste pour la société CredicorCapital, en référence aux pourparlers entre les Farc et le gouvernement, qui se déroulent depuis novembre 2012 à Cuba, sans cessez-le-feu sur le terrain militaire.

L'ELN, qui porte en étendard la défense des ressources naturelles, est également plus active depuis l'annonce de contacts exploratoires avec les autorités en vue de l'ouverture de discussions.

"L'ELN semble diriger de plus en plus ses attaques sur les infrastructures énergétiques afin d'être en position de force à la table des négociations", indique un rapport du cabinet de conseils Maplefort, qui a recensé au moins 10 actions entre le 1er juin et le 14 juillet de cette année.

La compagnie pétrolière d'Etat Ecopetrol a annoncé une baisse de ses bénéfices nets de 3,6% au premier trimestre 2014 qu'elle a imputée aux "attentats contre les infrastructures" mais aussi aux "blocus organisés par des communautés", inquiètes des impacts de l'exploitation sur l'environnement.

Les attaques de la guérilla semblent aussi peser sur les investisseurs. La semaine passée, lors de la mise aux enchères de l'exploitation de plusieurs gisements, seuls 28% des offres ont trouvé preneur, un chiffre en-deçà des espérances du gouvernement.

"Le secteur a connu une stagnation et des mesures sont nécessaires afin de susciter la confiance, surtout pour favoriser l'exploration", estime Mme Velasquez.

D'autres experts, comme M. Cuervo, y voient davantage un mauvais passage pour l'économie colombienne, soulignant que, sur une longue période, son industrie pétrolière a bénéficié d'un essor remarquable.

"Ces dernières années, elle a eu un énorme succès et s'est développée de manière intensive. Cette étape fait partie d'un cycle", affirme-t-il à propos du ralentissement actuel.

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