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"Ana Arabia", microcosme d'une utopie de coexistence entre Israéliens et Palestiniens

Le cinéaste engagé israélien Amos Gitaï délivre plus que jamais dans "Ana Arabia" un rêve de paix possible entre Palestiniens et Israéliens, assurant à l'AFP que le tournage lui-même était "une sorte de microcosme de cette utopie de coexistence".

"Ana Arabia" (Moi l'Arabe) s'appuie sur l'histoire vraie d'une rescapée de la Shoah, convertie à l'islam et mariée à un Arabe de Oum El-Fahem (Israël). Cette femme a caché pendant plus de 50 ans à sa famille musulmane sa naissance dans le camp de concentration d'Auschwitz. Une histoire inspirée au réalisateur notamment par une dépêche de l'AFP.

Amos Gitaï filme en continu Yael (Yuval Scharf), une jeune journaliste issue de la bourgeoisie israélienne, qui vient enquêter sur l'histoire bouleversante de l'Israélienne Hannah Klibanov devenue Siam Hassan et décédée depuis peu -- la vraie protagoniste, Leïla Jabbarine, est toujours vivante -- dans l'enclave où elle a vécu, à la frontière entre Jaffa et Bat Yam en Israël.

En arrivant dans l'ensemble d'habitations modestes, reliées les unes aux autres par de petits passages, elle découvre le quotidien, les échecs, les peines, joies et amours de Juifs et d'Arabes qui vivent ensemble en paix depuis longtemps.

Evoquant le tournage, Amos Gitai parle d'un "endroit fabuleux, un moment magique avec les comédiens israéliens et palestiniens". Le plateau "était une sorte de microcosme de cette utopie de coexistence", raconte le cinéaste de passage à Paris pour la sortie en France du film. "Ana Arabia" est déjà sorti en Israël et en Italie.

Un film intimiste d'autant plus nécessaire en pleine offensive israélienne sur Gaza?

"Il ne faut pas arrêter de parler de paix (...) Il faut dessiner les rapport de coexistence même au milieu de ce cauchemar de violence", répond Amos Gitaï, 60 ans, auteur d'une vaste filmographie dans laquelle figure notamment "Kippour" (2000), "Free Zone" avec Natalie Portman (2005) ou "Désengagement" avec Juliette Binoche (2007).

"On a des moments tristes, même très tristes au Moyen-Orient. Il faut que nous les cinéastes et écrivains on ne tombe pas dans le même piège, qu'on n'accélère pas les images des atrocités, parce que je suis sûr qu'un jour on va avoir la paix."

"On fait une interview à Paris, où les gens viennent de célébrer les 100 ans de la Première Guerre Mondiale", relève-t-il. "L'Europe avec toute sa grande culture a quand même réussi à saccager le continent, à tuer des millions de gens il n'y a pas très longtemps pour arriver à la simple conclusion qu'on peut ne pas être d'accord mais qu'il ne faut pas tuer. J'espère que le Moyen Orient va arriver à cela".

Pendant la guerre du Kippour en 1973, Amos Gitaï, né en 1950 à Haïfa, a frôlé la mort quand un missile syrien a frappé l'hélicoptère dans lequel il se trouvait. Malgré tout, il dit "ne pas avoir la haine" et "surtout pas la haine des Palestiniens".

"Je crois dans la force des idées" face aux armes car "elles font changer la planète. Il ne faut pas arrêter de parler de la paix" dit-il encore en appelant les atrocités à finir "le plus rapidement possible".

"Ana Arabia" a une autre particularité: le film est constitué d'un plan-séquence de 81 minutes. Il n'y a pas de coupes "parce que je ne veux pas qu'il y ait de coupures dans les relations entre les Juifs et les Arabes", disait-il à l'AFP à Venise en septembre dernier où le film avait été dévoilé en avant-première mondiale.

"A la place du matraquage des images" sur les télés du monde entier, le cinéma peut proposer une sorte de lyrisme", un "discours différent", fait-il valoir.

"Il faut aussi que nous les gens qui veulent la coexistence ne perdent pas cette vision. +Ana arabia+ parle exactement de cela", conclut le réalisateur auquel la Cinémathèque française vient de rendre hommage via une exposition et une rétrospective à partir des volumineuses archives qu'il lui a léguées.

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