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Russie: le coeur de l'économie visé par les sanctions

Inédites depuis la Guerre froide, les nouvelles sanctions occidentales visant Moscou s'attaquent à des secteurs vitaux pour son économie, la finance et l'énergie, avec des répercussions à long terme douloureuses pour une économie en perte de vitesse.

Ces nouvelles mesures arrivent comme une douche froide: l'exode des investisseurs inquiets des répercussions de l'annexion de la Crimée en mars s'était essoufflé, permettant au gouvernement d'affirmer que la récession avait été évitée de justesse et que la croissance pourrait atteindre 1% sur l'année, contre 0,5% prévu actuellement.

Pour les analystes, si les conséquences à court terme ne devraient pas être spectaculaires, les effets à long terme s'annoncent difficiles, d'autant que l'économie russe s'essoufflait déjà avant la crise faute d'attirer suffisamment d'investissements et à cause du vieillissement de sa population.

Des deux côtés de l'Atlantique, le secteur financier est le grand perdant des dernières mesures, qui vont limiter l'accès des banques publiques russes aux marchés de capitaux européens.

Les Etats-Unis ont de leur côté ajouté le numéro deux du secteur VTB et sa filiale Banque de Moscou, ainsi que la Banque agricole russe, à leur liste noire qui contenait déjà Gazprombank et la banque de développement VEB, quasi privés de financés à long terme sur les puissants marchés américains.

"La fin, ou du moins la forte réduction, de l'accès au crédit bon marché est très importante pour la Russie", prévient Igor Nikolaev, du centre d'analyse FBK, chiffrant à 700 milliards de dollars la dette des entreprises à refinancer à court terme.

Ces crédits à taux réduits "sont indispensables pour les investissements. Les remplacer par des emprunts sur les marchés intérieurs n'est pas possible car cela coûte très cher", ajoute-t-il. "Tout cela va entraîner notre économie en récession".

Les banques publiques comme VTB, mais aussi le numéro un Sberbank, pas ciblé directement pour l'instant, dominent largement le secteur et alimentent la croissance avec les crédits aux entreprises et particuliers. Avec la banque d'investissement VEB, elles sont mises à contribution pour financer les grands projets d'infrastructures, pour les JO de Sotchi par exemple. La banque centrale a d'ores et déjà promis de les soutenir en cas de difficultés.

Washington avait déjà choisi de cibler directement le champion pétrolier national Rosneft ainsi que le numéro deux du gaz, Novatek. Bruxelles a choisi d'interdire les exportations vers la Russie des technologies sensibles dans le domaine de l'énergie.

Or, la Russie, dont les hydrocarbures représentent les deux tiers des exportations, se trouve actuellement confrontée à une stagnation de sa production pétrolière, après avoir accédé au rang de numéro un mondial en remettant en marche ses gisements hérités de l'époque soviétique.

Rosneft et Novatek, même s'ils se tournent de plus en plus vers des partenaires asiatiques, ont multiplié les partenariats avec les majors occidentales pour développer de nouveaux projets, attirant financements et nouvelles technologies pour des ressources difficiles à exploiter.

"Moscou compte sur une hausse de sa production et ses ventes de pétrole et gaz non conventionnels tirés des formations de schiste, de la production offshore, notamment dans l'Arctique, et du développement du gaz naturel liquéfié. Ces ressources dépendent toutes de technologies, capitaux et savoir faire venant de l'étranger, sans lesquels la croissance économique du pays serait remise en cause", ont relevé les analystes de Citi.

Mi-juillet, l'agence Moody's avait déjà prévenu que les sanctions américaines pourraient entraver les nouveaux projets de Rosneft et Novatek, notamment le projet gazier Yamal dont le français Total est partenaire dans le Grand Nord.

L'UE est le premier partenaire commercial de la Russie et leurs échanges commerciaux ont atteint 326 milliards d'euros l'année dernière. Au delà de l'embargo sur les armements, la dégradation des relations n'est pas un bon signe pour la coopération. La Russie s'est d'ailleurs empressée d'annoncer des restrictions sur les importations de fruits et légumes de Pologne, vues par la plupart des experts comme une mesure de rétorsion qui pourrait en annoncer d'autres.

Signe de l'inquiétude dans les milieux d'affaires, l'Association of European Businesses, qui regroupe la plupart des entreprises occidentales présentes en Russie, a dit "regretter profondément" les nouvelle sanctions.

La Bourse de Moscou et le rouble montaient mercredi mais les analystes y voyaient surtout un rebond techniques après trois semaines de chute jusqu'à leurs plus bas niveaux en plus de deux mois. Leur dégringolade suivant l'annexion de la Crimée en mars avait déjà --par ricochet, la monnaie se dépréciant-- dopé l'inflation qui a atteint 7,8% en juin et affecté la consommation.

La banque centrale russe a augmenté son taux directeur à 8% vendredi à la surprise générale, montrant sa volonté de ne pas laisser le rouble replonger. Mais en durcissant les conditions du crédit, l'institution risque aussi de peser sur l'activité économique.

Les turbulences des marchés ont déjà poussé certaines entreprises à remettre à plus tard des levées de fonds et a contraint le ministère des Finances à annuler mardi une émission obligataire mardi.

A long terme, le risque est de voir partir durablement les investisseurs étrangers face à la "rhétorique occidentale" dont s'est récemment inquiété l'influent ancien ministre des Finances Alexeï Koudrine.

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