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L'Irlande rêve de pouvoir enfin sortir de l'austérité

L'Irlande prépare son premier budget depuis sa sortie du plan d'aide international et rêve de pouvoir, enfin, sortir d'une austérité constante depuis 2008.

Le ministre des Finances Michael Noonan estime que l'économie de l'ex-"tigre celtique" va progresser davantage que prévu cette année, ce qui permettra à Dublin de réduire ses coupes budgétaires et ses levées d'impôt.

En avril, le gouvernement avait jugé qu'un effort de 2 milliards d'euros supplémentaires serait nécessaire au budget 2015 par rapport au précédent, afin de revenir sous le plafond toléré par l'Union européenne - 3% de déficit public annuel par rapport au produit intérieur brut.

Mais la forte croissance de 2,7% enregistrée au premier trimestre laisse penser que l'ajustement budgétaire pourrait être plus limité désormais.

"Nous allons passer sous les 3% tout en sacrifiant un peu moins de budgets et en augmentant moins les impôts", s'est récemment réjoui M. Noonan. L'effort supplémentaire "ne portera pas sur 2 milliards mais sur moins que ça", a-t-il ajouté.

L'Irlande endettée a été le premier pays de la zone euro à pouvoir s'extirper, en décembre dernier, du plan d'aide international de 85 milliards d'euros qui avait sauvé son économie de la faillite trois ans plus tôt.

En échange de ce soutien, Dublin s'était engagée à conduire une douloureuse politique d'austérité comprenant des coupes budgétaires, des ventes d'actifs de l'Etat et des augmentations d'impôt.

Depuis 2008, pas moins de sept budgets consécutifs ont été marqués du sceau de cette rigueur, dont le montant cumulé frôle désormais les 30 milliards d'euros.

Mais l'aide internationale achevée et la reprise venant, Dublin aimerait pouvoir atténuer cette cure dont la population semble excédée.

"On parle beaucoup de l'embellie économique mais les gens ne le sentent pas encore dans leur portefeuille", explique Mary Regan, éditorialiste au quotidien Irish Examiner.

A un an et demi maximum des prochaines élections législatives, elle s'attend à ce que le gouvernement de coalition du Premier ministre Enda Kenny tente d'envoyer un message d'espoir aux électeurs.

Le parti dominant de centre-droit Fine Gael comme son partenaire de centre-gauche du Parti Travailliste ont en effet été lourdement sanctionnés dans les urnes aux élections locales de mai dernier.

"C'est désormais un impératif politique de relâcher un peu l'austérité", estime Mme Regan.

Le gouvernement pourrait ainsi diminuer les impôts pesant sur les classes populaires et moyennes, qui ont particulièrement souffert d'une nouvelle taxe sur la propriété et l'eau.

Le retour de la croissance pourrait l'y aider: des économistes tablent déjà sur plus de 3% pour 2014, de quoi alimenter les recettes fiscales et donner un peu de marges de manoeuvres financières aux autorités.

"Avec ce budget (pour 2015), le gouvernement peut rendre un peu de pouvoir d'achat aux consommateurs", estime Gerard Brady, économiste à l'organisation patronale Ibec. "Cela pourrait doper la consommation, ce dont nous avons bien besoin."

Le Fonds monétaire international (FMI) et la Commission européenne, qui ont financé l'essentiel du plan d'aide en faveur de l'Irlande, font toutefois pression sur Dublin pour qu'il reste bien dans les clous des coupes budgétaires.

A domicile, le Conseil budgétaire irlandais - censé éclairer le pouvoir sur ses orientations en la matière - recommande aussi au gouvernement d'accomplir l'effort prévu de 2 milliards d'euros supplémentaires.

Dans son dernier rapport, il a prévenu que l'Irlande risquait, si elle sortait de sa feuille de route, "de perdre la crédibilité budgétaire gagnée à la force du poignet" vis-à-vis des instances internationales et du marché.

Mais le gouvernement semble néanmoins convaincu que le passage sous les sacro-saints 3% de déficit budgétaire peut s'effectuer à moindre effort, aussi le 14 octobre - date de présentation du budget - pourrait-il marquer un tournant dans une bataille de six ans pour redresser l'économie.

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