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Chine: Xi Jinping frappe la nomenklatura au coeur et se hisse en homme fort

En frappant au sommet de la nomenklatura avec l'inculpation pour corruption de l'ex-premier policier de Chine, le président Xi Jinping s'affiche comme l'homme fort du pays, au risque de se heurter aux courants hostiles au retour d'un pouvoir personnel.

Saluée mercredi par la presse officielle, l'annonce, la veille, de la mise en examen - par la police interne du Parti communiste - de Zhou Yongkang, considéré comme l'un des personnages les plus puissants du régime durant la décennie 2002-2012, met fin à un long suspense national.

"Jusqu'à mardi soir, beaucoup doutaient que Xi et ses collègues étaient prêts à prendre une décision politique aussi risquée", soulignait dans un éditorial le quotidien d'Etat China Daily.

Zhou Yongkang est accusé de "graves violations de la discipline" du Parti communiste chinois (PCC), l'expression en usage pour les faits de corruption, sur lesquels rien n'a encore filtré.

Dans l'histoire mouvementée de la République populaire, c'est la première fois qu'un ancien membre du Comité permanent du Bureau politique du PCC, le "saint des saints" du pouvoir, fait l'objet d'une enquête pour corruption.

Les meurtrières luttes de clan au sommet sous Mao Tsé-toung, notamment durant la révolution culturelle (1966-76), étaient toutes de nature politique.

La chute de Zhou "signifie que le pouvoir de Xi Jinping est solidement établi, au point qu'il peut oser briser un tabou dans le Parti, la règle non-écrite voulant qu'on ne s'attaque pas aux anciens membres du Comité permanent", estime Willy Lam, spécialiste de politique chinoise à la Chinese University de Hong Kong.

Humour noir présidentiel ou coïncidence de dates, l'annonce de la chute de l'ancien ministre de la Sécurité est tombée lors de la "journée internationale pour la protection des tigres".

Le président Xi Jinping, au sommet du pouvoir depuis fin 2012, a lancé une vaste campagne anti-corruption sous le mot d'ordre "combattre les mouches et les tigres", c'est-à-dire les petits comme les grands fonctionnaires corrompus.

"Maintenant, il est plus facile d'être convaincu que la loi en Chine ne protégera pas ceux qui la violent, quels que soient leur rang et leur position", jugeait le journal officiel Global Times dans son éditorial.

Placé en décembre en résidence surveillée selon des médias étrangers - l'affaire tenait du secret de Polichinelle dans le pays -, Zhou Yongkang a vu le filet se resserrer lentement autour de lui, avec les arrestations successives de ses anciens collaborateurs et jusqu'à son propre fils, Zhou Bin.

"Xi Jinping a compris que la campagne anti-corruption est très populaire et que frapper fort les dirigeants corrompus fera de lui un dirigeant très apprécié", estime Joseph Cheng, professeur à la City University de Hong Kong.

"En l'absence de réformes politiques, c'est sans doute la voie qu'il a choisie".

Zhou Yongkang, âgé de 71 ans, disposait de trois "bases de pouvoir" : l'industrie pétrolière, dont il grimpé tous les échelons de 1967 à 1998; la province du Sichuan (sud-ouest), qu'il a dirigée de 1999 à 2002; et le puissant appareil policier.

Ministre de la Sécurité de 2002 à 2007, il a dirigé ensuite jusqu'en 2012 la commission des affaires politiques et légale du PCC, qui supervise tout l'appareil policier et judiciaire du pays.

Zhou avait aussi contre lui la réputation d'avoir été un "protecteur" de Bo Xilai, l'ex-membre du Bureau politique à l'origine d'un retentissant scandale en 2012 et condamné à la perpétuité l'an dernier pour corruption.

Ce personnage flamboyant était considéré comme un rival potentiel de Xi Jinping.

"Il est peu probable que le châtiment légal de Zhou soit moindre" que celui de Bo Xilai, estimait le Global Times, selon lequel l'ancien dignitaire sera "très probablement exclu du Parti" avant d'être remis aux autorités judiciaires, une fois l'enquête interne au Parti terminée, comme c'est l'usage pour ses membres.

"Pour les huit ans qu'il lui reste au pouvoir, je pense que Xi Jinping va devenir l'homme fort, probablement plus puissant que ses prédécesseurs" Hu Jintao et Jiang Zemin, juge Willy Lam.

Reste que, dans la Chine d'après Mao, le PCC repose sur un consensus: bloquer tout retour à un pouvoir personnel exclusif en misant sur une direction "collective".

De ce point de vue, les accents souvent "néo-maoïstes" et populistes de Xi pourraient inquiéter les factions encore puissantes au sein du parti, issues souvent de la Ligue de la jeunesse et dont l'ex-président Hu Jintao, actuellement profil bas, était la figure de proue.

"Xi se verrait bien en un nouveau Mao Tsé-toung, mais je pense que c'est très risqué, parce qu'il n'est pas un autre Mao", relève Perry Link, de l'Université de Californie.

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