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28/07/2014 06:12 EDT | Actualisé 27/09/2014 05:12 EDT

L'hépatite C : l'épidémie silencieuse

Radio-Canada

En cette journée mondiale contre l'hépatite, tous les espoirs sont tournés vers une nouvelle génération de médicaments qui permettent d'entrevoir une guérison de l'hépatite C, qui touche aujourd'hui 170 millions de personnes dans le monde.

Un texte de Michel RochonTwitterCourriel

Le virus de l'hépatite C a été découvert il y a 25 ans. Depuis, les seuls traitements offerts - une combinaison de l'interféron et de la ribavirine - étaient très mal tolérés par les patients et, pour certaines souches du virus, n'avaient qu'une efficacité de 40 %.

Mais, depuis quelques mois, Santé Canada a approuvé une nouvelle génération de médicaments qui vont révolutionner le traitement de cette maladie qui touche 350 000 Canadiens, dont 50 000 Québécois. L'hépatite C est une maladie virale transmissible par le sang qui s'attaque au foie.

« On peut maintenant affirmer que l'hépatite C est une maladie traitable », souligne avec empressement la Dre Marie-Ève Morin, directrice de la division addiction, hépatite C et santé mentale à la clinique Opus à Montréal.

La Dre Morin, qui traite l'hépatite depuis une décennie, croit que la nouvelle génération de médicaments est une véritable révolution dans le traitement de la maladie.

Deux médicaments sont maintenant disponibles. Il s'agit du sofosbuvir (Sovaldi) et le simeprévir (Galexos). Même pour les souches virales les plus difficiles à traiter, ils permettent des taux de guérison allant de 90 % à près de 100 %.

« On aimerait bien l'offrir à tous les patients, mais le coût du traitement nous limite actuellement à ceux qui sont dans un stade avancé de la maladie avec une cirrhose du foie », explique affirme la Dre Morin.

Un traitement pour l'instant très onéreux

Les compagnies pharmaceutiques offrent ces nouveaux médicaments à des prix élevés. Chaque comprimé de sofosbuvir se vend à 700 $ et le traitement complet de 12 semaines incluant des injections d'interféron se détaille à environ 70 000 $. Pour le semeprévir, le traitement complet coûte environ 50 000 $.

La Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) rembourse ces frais, mais ils sont considérés comme des médicaments d'exception. Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec croit toujours que le dépistage des personnes à risque reste fondamental, mais a accepté ces nouveaux médicaments comme arme efficace pour s'attaquer à la maladie.

« Les médicaments disponibles sur le marché ont le potentiel de permettre à une proportion importante des personnes infectées par l'hépatite C d'être guéries de l'infection. » — Stéphanie Ménard, porte-parole du ministère

Pour une période de six mois - de janvier à juin 2014 - 254 patients ont profité de ces deux nouveaux médicaments. Dans les prochains mois, d'autres molécules devraient faire leur apparition sur le marché et des thérapies sans interféron seront disponibles.

Maladie sous-diagnostiquée

Toutefois, encore faut-il que les médecins et les patients en soit informés. En 2012, un sondage Ipsos auprès de 1000 Canadiens et 300 médecins de famille pour le compte de la Fondation canadienne du foie dévoilait que 57 % des médecins ignoraient que l'hépatite C pouvait être guérie.

Et plus du quart des personnes atteintes au Canada ne savent même pas qu'elles sont porteuses du virus de l'hépatite C.

« Il faut faire de la prévention, du dépistage, mais aussi donner l'heure juste sur les traitements offerts », affirme la directrice du Centre d'aide aux personnes atteintes de l'hépatite C, Laurence Mersilian.

Ce groupe de soutien affirme que le Canada, et surtout le Québec, est à l'avant-plan dans le traitement de la maladie, mais qu'il faut bien informer les patients des traitements offerts.

« Pour chaque cas de VIH, on compte de cinq à six cas d'hépatite C. Pourtant, personne n'en parle, c'est une maladie silencieuse. »

— Laurence Mersilian, directrice du Centre d'aide aux personnes atteintes de l'hépatite C

Preuve à l'appui, 32 % des Canadiens se sont fait dépister pour le VIH, contre 23 % pour l'hépatite C. « Pourtant, comme médecin, il est tellement gratifiant d'annoncer à son patient qu'il est guéri de cette terrible maladie », souligne la Dre Morin.

Pour ce qui est du coût des traitements, le Congrès américain a sommé les compagnies pharmaceutiques de venir expliquer les raisons qui motivent ces coûts élevés - 84 000 $ aux États-Unis - et leur a demandé de faire un effort pour rendre ces médicaments disponibles au plus grand nombre. Un dossier à suivre.

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