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27/07/2014 02:37 EDT | Actualisé 25/09/2014 05:12 EDT

Réformer l'Indonésie, un immense défi pour le président élu Widodo

Le nouveau président élu de l'Indonésie, Joko Widodo, fait face à l'immense défi de réformer la troisième démocratie du monde confrontée à une lourde bureaucratie et gangrenée par la corruption, une tâche qui s'annonce difficile, estiment des experts.

Issu d'un milieu modeste, le populaire gouverneur de Jakarta proclamé vainqueur mardi et appelé à prendre ses fonctions en octobre va devoir faire face à de nombreuses résistances et convaincre ceux qui doutent de sa capacité à relancer la première économie d'Asie du Sud-Est.

"Je ne vais pas prendre de gants pour dire que cela va être une tâche très difficile", déclare à l'AFP l'analyste Yohanes Sulaiman.

"Il va devoir réduire les subventions à l'essence et la bureaucratie dont beaucoup de gens retirent des avantages financiers depuis longtemps", ajoute Yohanes, de l'Université indonésienne de la Défense, en citant les réformes les plus urgentes à faire.

Joko Widodo, surnommé Jokowi, a promis de réduire les coûteuses subventions à l'essence qui absorbent plus de 20% du budget de l'Etat, une mesure très impopulaire qui risque de rencontrer beaucoup de résistance de la part des partis d'opposition et surtout de la population, dans un pays où environ 40% des habitants vivent avec moins de deux dollars par jour.

La coalition de Prabowo Subianto, candidat malheureux à la présidentielle du 9 juillet, dispose au Parlement de davantage de sièges que celle de Jokowi, ce qui risque de compliquer la tâche du nouveau président, même si certains partis fidèles à Prabowo pourraient basculer dans l'autre camp.

L'Assemblée indonésienne, l'une des institution publiques de l'archipel les plus corrompues, peut se montrer "très hostile", observe de Yohanes. Le Parlement pourrait donc "facilement bloquer Jokowi" dans ses projets, souligne l'analyste.

La résistance pourrait aussi venir des propres rangs de la formation de Jokowi, le Parti démocratique indonésien de la lutte (PDI-P), connu pour ses divisions.

- Répondre aux attentes -

Si l'économie a commencé à se reprendre après une difficile année 2013 -- déficit record, forte inflation et plongée de la roupie ou rupiah (devise nationale) -- elle est toujours plombée par des faiblesses fondamentales, d'où le besoin de réformes.

"C'est un énorme défi pour deux raisons", explique à l'AFP le gestionnaire de portefeuille indonésien Kenny Soejatman, de Manulife Asset Management Indonesia.

"Premièrement, nous sommes trop dépendants des exportations de produits de base, nous devons accroître les autres exportations. Deuxièmement, nous sommes confrontés à la concurrence d'autres pays émergents, face à une économie mondiale en perte de vitesse et à des pressions salariales. Nous avons besoin d'améliorer notre capital humain, nos infrastructures et notre compétitivité", souligne-t-il.

Pour mettre en place certaines mesures économiques, Jokowi va devoir faire participer davantage les syndicats, indique pour sa part l'analyste Michele Ford, de l'Université de Sydney.

Pendant la campagne électorale, Prabowo a bénéficié du soutien de la majorité des syndicats qui sont parvenus à mobiliser des millions de manifestants et avaient obtenu l'an passé de très importantes augmentations de salaires qui ont plombé la compétitivité de l'Indonésie dans l'industrie manufacturière.

"Si Jokowi arrive à motiver les syndicats, il aura beaucoup plus de chances de pouvoir mettre en oeuvre les réformes prévues", estime Mme Ford.

Pour fair accepter la réduction des subventions à l'essence, il va devoir offrir des compensations aux syndicats, afin d'éviter des manifestations de masse, ajoute-t-elle.

Jokowi a également promis de transposer au niveau national des mesures prises à Jakarta en tant que gouverneur de la capitale, telle la carte d'accès aux soins et à l'éducation pour les plus pauvres, initiative très populaire.

Mais le premier défi de cet ancien vendeur de meubles, qui a fait une ascension fulgurante en politique, sera sans doute de répondre aux attentes de millions d'électeurs qui ont misé sur lui en tant qu'homme proche du peuple, capable d'apporter de profonds changements à l'image de ceux qu'il a fait à Solo, ville d'un demi-million d'habitants dont il fut maire.

"Répondre à ces attentes au cours des premiers mois de son mandat sera primordial s'il veut avoir le pays derrière lui", selon Mme Ford.

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