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Tensions à Paris après l'interdiction d'un rassemblement propalestinien à haut risque

Plusieurs centaines de personnes, militants de la cause palestinienne et de la gauche radicale, ont bravé, samedi à Paris, l'interdiction de manifester décidée par le gouvernement par crainte de violences et débordements antisémites.

Criant "Israël assassin, Hollande complice" ou "nous sommes tous des Palestiniens", les militants se sont rassemblés, comme initialement prévu, place de la République, en plein centre de Paris, à 15H00 (13H00 GMT), surveillés par un important dispositif policier, avec contrôles d'identité et fouilles.

Tout près du lieu de rassemblement, les forces de l'ordre montaient notamment la garde à l'entrée de la rue Notre Dame de Nazareth, où se trouve une synagogue.

Les autorités ont mobilisé quelque 2.000 policiers qui ont reçu des "consignes de fermeté" pour intervenir "très rapidement et interpeller" en cas de non-respect de l'interdiction de manifester ou de "slogans ou manifestations antisémites".

A Barbès, quartier populaire parisien, où une manifestation déjà interdite avait dégénéré le 19 juillet, la police a procédé en début d'après-midi à l'interpellation de quatre personnes appelant à se rendre à la manifestation.

"Cette manifestation est illégale, mais pour nous elle est plus que légitime. Il s'agit de manifester notre solidarité avec un peuple qui est en train de se faire massacrer", explique Hugo, jeune militant du Nouveau parti anticapitaliste (NPA, extrême gauche) qui avait appelé à la manifestation.

"C'est l'incompréhension la plus totale. Aujourd'hui le gouvernement français décide d'interdire une manifestation qui est autorisée partout dans le monde. Il faudrait aussi mettre en avant tous les pacifistes dans ces manifestations", renchérit un autre manifestant, Soumis Ourahou.

"Le gouvernement cherche l'escalade pour museler ce mouvement de solidarité avec la Palestine", a lui déploré Adnane Benyoussef, vice-président de la Fédération tunisienne pour une citoyenneté des deux rives, une des associations ayant appelé à manifester.

La manifestation a été interdite en raison, selon les autorités, de forts risques de débordements, à l'image de deux précédents rassemblement ayant dégénéré en violences et actes antisémites.

Saisi par les organisateurs, le Conseil d'Etat, plus haute juridication administrative du pays, avait confirmé l'interdiction samedi en début d'après-midi.

Peu après, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve a solennellement appelé "pour la dernière fois" les organisateurs à renoncer à leur initiative, soulignant qu'ils seraient tenus pour "responsables des débordements (...) et passibles de sanctions pénales".

Le président François Hollande avait martelé le 14 juillet qu"il n'était pas question de laisser "s'importer" en France le conflit israélo-palestinien. Sa ligne diplomatique, jugée pro-israélienne, a été critiquée par certaines voix dans le pays.

Vendredi soir, le Premier ministre Manuel Valls a adressé un message d'apaisement aux musulmans de France, en se rendant dans une mosquée de la banlieue sud de Paris pour la rupture du jeûne du ramadan.

"Quand des casseurs se réclament d'une forme dévoyée de l'islam, ce sont les musulmans qui souffrent les premiers car ces actes nourrissent des amalgames insupportables", a-t-il déclaré, car "ces groupes radicalisés s'en prennent à votre foi, à la noblesse du message de l'islam, à ses valeurs d'ouverture, de tolérance".

"Des indignations s'expriment, c'est légitime! Des manifestations s'organisent, c'est un droit fondamental! Mais rien, jamais, ne pourra justifier la violence, la haine de l'autre", a-t-il encore lancé.

Contrairement à d'autres manifestations propalestiniennes en Europe qui ne suscitent pas de polémique, en France l'opposition à l'offensive israélienne s'est doublée d'une controverse sur l'interdiction par les autorités de certains rassemblements et sur la montée de l'antisémitisme.

Critiqué par sa gauche et par une partie de l'opposition de droite pour avoir joué le pompier pyromane en interdisant des manifestations, le président François Hollande a défendu son credo: "faire respecter l'ordre républicain et refuser les slogans qui expriment la haine".

Les détracteurs du gouvernement soulignent que les manifestations autorisées se sont déroulées sans incident majeur, et que les deux rassemblements qui ont dégénéré le week-end dernier, à Paris et Sarcelles, avaient fait l'objet d'interdictions.

De leur côté, les ONG Amnesty international et Human Rights Watch se sont toutes deux inquiétées des restrictions à la "liberté de réunion".

Le bilan de l'opération israélienne à Gaza s'est encore alourdi samedi avec la découverte de dizaines de corps à la faveur d'un bref cessez-le-feu entre Israël et le Hamas palestinien, et dépasse désormais les mille morts, civils palestiniens en grande majorité.

Réunis à Paris samedi matin, les ministres des Affaires étrangères des Etats-Unis, du Qatar, de Turquie et de plusieurs pays européens ont appelé à prolonger le cessez-le-feu "pour 24 heures renouvelables".

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