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Pendant la trêve, les Gazaouis découvrent leur quartier devenu champ de ruines

Un homme s'évanouit devant les ruines de sa maison, la main d'un cadavre sort de gravats que certains fouillent en quête de maigres effets: durant la trêve de douze heures de samedi, les habitants de la bande de Gaza découvrent un spectacle de désolation.

Partout, de Khan Younès au sud à Chajaya et Beit Hanoun au nord, ils ont bravé l'interdit de l'armée israélienne qui leur avait demandé de ne pas retourner chez eux, pour se retrouver, effarés, dans le champ de ruines qu'est devenu leur quartier.

A Chajaya, banlieue à l'est de la ville de Gaza très durement frappée, un homme d'une soixantaine d'années s'effondre devant ce que fut sa maison, une femme crie, les bras tendus vers le ciel.

Un homme a le visage couvert d'un masque médical. Durant la trêve, des corps continuent d'être découverts. Certains, couverts de poussière, jonchent les rues, parfois dans une mare de sang séché, non loin de cadavres d'animaux.

A Beit Hanoun, où des bombes s'abattaient encore dans les instants précédant la trêve qui a débuté à 08H00 (05H00 GMT), un avant-bras émerge des gravats.

Non loin de là, le corps d'un secouriste gisant dans l'hôpital vient rappeler le prix payé par les civils dans le conflit entre Israël et le mouvement palestinien Hamas dans cette minuscule bande de terre surpeuplée.

Six heures après le début de la trêve, 85 dépouilles avaient été retrouvées, portant à 985 le bilan des morts palestiniens en 19 jours d'offensive israélienne, selon les secours locaux. Pour Israël, c'est le Hamas qui porte la responsabilité de ces drames, en abritant ses armes, ses infrastructures et ses combattants derrière sa population utilisée comme "boucliers humains".

Beaucoup fouillent les ruines et repartent avec quelques maigres effets, couvertures ou vêtements retrouvés dans les décombres.

Une entreprise périlleuse, comme le relève Khader Soukar, habitant de Chajaya: "Nous avons peur de toutes ces bombes non explosées sur nos toits et des mines dans le sol. Nous avons peur d'ouvrir une porte et de tomber sur une bombe."

"C'est comme un tremblement de terre d'une magnitude de 10 degrés. On n'a plus aucun repère dans cette zone. Un quartier où j'ai grandi depuis que j'ai cinq ans et que je n'ai pas réussi à trouver", se lamente devant les ruines Abou Mohammed, 37 ans, habitant de Beit Lahiya, au nord de la ville de Gaza.

"Regardez, il ne reste rien (...) Il n'y a rien", dit à Chajaya Khader Soukar qui évoque également "un tremblement de terre ou une bombe nucléaire". "Je suis venu de Jabaliya parce que je veux voir ma maison. Nous ne sommes pas parvenus à l'atteindre jusqu'à présent", explique un habitant de Beit Lahiya, Farid al-Zawidy, 57 ans.

L'entreprise de reconstruction s'annonce gigantesque. Selon des chiffres fournis par l'ONU jeudi, plus de 3.300 familles, soit 20.000 personnes, ont vu leur logement entièrement détruit par les frappes israéliennes. Le même nombre de familles ne pourra pas rentrer rapidement, les dégâts étant trop importants chez elles.

Plus de 160.000 personnes ont dû fuir leur foyer pour des refuges de l'ONU, soit près de 10% de la population. A Kouza (sud-est), un réservoir calciné vient montrer que la pénurie chronique d'eau dont souffre le territoire empirera avec ce conflit. Selon l'ONU, 1,2 million de Gazaouis ont un accès nul ou très limité à l'eau potable.

La population sait qu'elle n'en a peut-être pas fini de ses épreuves, la trêve acceptée par Israël et le Hamas expirant à 20H00 (17H00 GMT). Sur la route entre Gaza et Khan Younès au sud, les gens se pressent d'acheter des vivres, du carburant, au milieu du ballet ininterrompu d'ambulances. Au-dessus de leur tête, à défaut des chasseurs israéliens, le bruit des drones vient leur rappeler la menace.

bur-ng/vl

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