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Cuba reçoit le soutien de Pékin et Moscou, mais devra surtout réformer (experts)

Cuba doit approfondir ses réformes économiques si elle veut profiter du fort soutien qu'elle vient de recevoir de Pékin et Moscou et réduire sa dépendance à l'égard du Venezuela, selon divers experts interrogés par l'AFP.

"Cuba doit approfondir ses réformes, car c'est de leur succès que dépendra la confiance de ces alliés qui ne soutiendront pas un processus d'+actualisation+ du modèle économique qui ne fonctionne pas", affirme à l'AFP l'universitaire et ex-diplomate cubain Carlos Alzugaray.

En marge du sommet des Brics à la mi-juillet au Brésil, les présidents chinois Xi Jinping et russe Vladimir Poutine sont tous les deux venus à La Havane conclure une rafale d'accords bilatéraux, concernant notamment des investissements potentiels importants dans les domaines du pétrole, de l'industrie ou de l'agriculture.

Car après six années de réformes entreprises par le président Raul Castro depuis qu'il a succédé à son frère Fidel, Cuba continue de manquer cruellement d'investissements et sa croissance stagne.

La recherche pétrolière, à laquelle prendront part Russes et Chinois, est notamment cruciale : Cuba dépend pour moitié de ses besoins énergétiques du pétrole acquis à des conditions avantageuses auprès d'un Venezuela dont la stabilité politique n'est pas assurée.

Le nombre d'accords - 29 avec Pékin, 10 avec Moscou - et leur champ d'application "expriment clairement le soutien de ces deux puissances aux réformes lancées par Raul Castro", juge le Cubain Arturo Lopez-Levy, de l'université de Denver aux Etats-Unis.

Mais pour lui, "ce message de permanence et stabilité ne s'exprimera que si les réformes ne s'arrêtent pas".

Le soutien de Pékin et Moscou "n'est pas en soi la solution aux problèmes que connaît le pays, il ne fait qu'offrir les meilleures conditions pour accélérer les changements qui sont urgents dans les domaines économique et politique", assure Arturo Lopez-Levy.

Cuba "doit montrer sa capacité politique et économique à assimiler l'aide (chinoise et russe), parce que c'est sa seule manière de survivre", renchérit le politologue Esteban Morales.

Même son de cloche pour l'expert en pétrole Jorge Piñon, de l'université du Texas, à Austin qui juge l'aide de la Chine et de la Russie essentiellement politique.

"Que peut offrir Cuba à la Chine ? Des matières premières ? Peut-être un peu de sucre et de nickel, mais c'est peu. Et Cuba ne constitue pas un marché pour les biens de consommation chinois", remarque-t-il.

Mais Cuba est "une porte d'entrée pour l'Amérique du Sud. Géographique, mais surtout politique", assure Esteban Morales, compte tenu du soutien exprimé à Cuba dans son face-à-face avec les Etats-Unis par la grande majorité des pays d'Amérique latine et des Caraïbes.

"Une bonne relation avec l'Amérique latine passe d'abord par une bonne relation avec Cuba", résume un diplomate occidental en poste depuis plusieurs années à La Havane.

Isolée durant des années, La Havane cherche à "diversifier" ses relations, souligne Carlos Alzugaray.

"Les accords signés avec la Russie et la Chine en sont l'exemple, tout comme les accords conclus avec le Brésil et le rapprochement entrepris avec l'Union européenne", estime-t-il.

Cuba et l'UE ont entamé au printemps un processus de normalisation de leurs relations, après une décennie de froid.

"Si après les accords avec Pékin et Moscou, intervient une relation stable et normale avec l'UE, estime également Arturo Lopez-Levy, la pression sera plus forte sur les Etats-Unis, et on peut imaginer que Washington révise sa politique à l'égard de Cuba", contre laquelle pèse depuis un demi-siècle un sévère embargo commercial et financer des Etats-Unis.

Les alliances avec la Chine et la Russie "ne sont pas une menace pour les intérêts des Etats-Unis", juge Arturo Lopez-Levy, "mais vu de La Havane, ils peuvent permettre de contourner tout effort d'isolement et d'asphyxie mené par Washington".

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