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25/07/2014 09:53 EDT | Actualisé 24/09/2014 05:12 EDT

Sécuriser le site du crash MH17 de Malaysia Airlines, un périlleux numéro d'équilibriste en Ukraine

Rob Stothard via Getty Images
PETROPAVLIVKA, UKRAINE - JULY 24: Vlad, 10, looks at wreckage of the Malaysia Airlines flight MH17 that fell near his family's home on July 24, 2014 in Petropavlivka, Ukraine. Malaysian Airlines flight MH17 was travelling from Amsterdam to Kuala Lumpur when it crashed in eastern Ukraine killing all 298 passengers. The aircraft was allegedly shot down by a missile and investigations continue to find the perpetrators of the attack. (Photo by Rob Stothard/Getty Images)

Garantir une réelle protection aux enquêteurs dans l'affaire du vol MH17 tout en ménageant les susceptibilités des séparatistes prorusses et de Moscou: une mission armée internationale dans l'est de l'Ukraine s'annonce périlleuse.

"Ce sera un périlleux numéro d'équilibriste", estime Justin Bronk, analyste en Sciences militaires à l'Institut royal United Services de Londres.

"Il faut envoyer les troupes les plus légères possible pour éviter de provoquer les Russes", dit-il. "Il faut garder à l'esprit qu'une des raisons de ce conflit est que la Russie considère que l'Occident, à travers l'Otan et l'UE, va de plus en plus loin vers l'Est".

"D'un autre côté, la prudence dicterait de les envoyer avec des équipements relativement lourds pour être certain de leur protection".

Un Boeing 777 de la Malaysia Airlines qui volait à 10.000 mètres d'altitude avec 298 personnes à son bord, dont 193 Néerlandais et 28 Australiens, a été abattu le 17 juillet par un missile dans l'est de l'Ukraine.

De nombreux éléments ont conduit Kiev et les Occidentaux à montrer du doigt les rebelles prorusses.

L'équipe d'enquêteurs internationaux, issus de huit pays dont les Pays-Bas et la Russie, n'ont encore eu qu'un accès limité au site du crash. Les problèmes de sécurité et la situation chaotique sur place sont au centre des débats dans cette zone de guerre contrôlée par les séparatistes.

"Si la situation se dégrade soudainement, nous n'avons aucune capacité d'extraction", a souligné vendredi le Premier ministre Mark Rutte au cours d'un débat au parlement. "Nous n'avons pas de militaires sur place."

Après l'adoption lundi d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU en vue d'une enquête indépendante, Pays-Bas et Australie seraient en train de plancher sur une nouvelle résolution en vue de l'envoi d'une mission armée pour sécuriser le site et protéger les enquêteurs.

"Chaos et insécurité"

Assurant être sur le point de conclure un accord avec l'Ukraine, l'Australie a prévu d'envoyer près de 200 hommes, principalement des policiers et un nombre indéterminé de soldats, pour une mission à but humanitaire.

Quarante gendarmes néerlandais non armés doivent partir vendredi pour aider à rassembler les derniers corps.

Des soldats néerlandais, dont le nombre n'a pas été précisé, ont en outre été consignés en vue d'un éventuel déploiement, a indiqué à l'AFP le ministère de la Défense, sans donner plus d'informations.

"Si nous avions là-bas une grande présence militaire, la situation pourrait devenir plus instable que stable", a pourtant reconnu Mark Rutte.

La situation sur place est de fait particulièrement chaotique, un fragile cessez-le-feu ayant été décrété aux abords directs du site alors que les combats s'intensifient autour.

Tous les corps n'ont pas encore été retrouvés. Des rebelles, des journalistes et des habitants de la région ont été vus en train de déplacer des victimes, certains de leurs effets personnels ou des débris de la carcasse.

"Il y a peut-être des rebelles là-bas qui ont tout intérêt à ce que la lumière ne soit pas faite", commente Ko Colijn, directeur et spécialiste des questions de défense de l'Institut Clingendael, à La Haye.

"Une petite guerre"

Evoquant la taille du site à sécuriser, près de 100 kilomètres carrés, Christ Klep, un spécialiste d'histoire militaire à l'université d'Amsterdam, estime qu'idéalement, des milliers de soldats seraient nécessaires.

"Il faudrait des radars, des éclaireurs, des commandos, des armes antichars, des hélicoptères de combat, et bon, ça commence à ressembler à une guerre à petite échelle", a-t-il dit à la télévision publique NOS.

La Russie, déjà fortement critiquée pour son rôle dans la crise ukrainienne, l'a été encore plus après le crash du Boeing 777 de la Malaysia Airlines, mais elle ne s'est pas opposée à la première résolution du Conseil de sécurité.

"Cela va peut-être sembler bizarre, mais je pense qu'ils vont tenter d'impliquer la Russie le plus possible dans une éventuelle mission, ce serait une sorte de garantie", soutient Ko Colijn.

"Le rôle de la Russie est crucial", renchérit Christophe Paulussen, expert en droit international à l'Institut Asser, à La Haye.

"Si la Russie a bel et bien de l'influence sur les séparatistes, une résolution du Conseil de sécurité soutenue par la Russie sera vraisemblablement respectée par les séparatistes", souligne-t-il. "Mais il ne faut pas oublier non plus que les séparatistes eux-mêmes sont divisés."

"Le plus grand danger, c'est le caractère imprévisible des différents groupes" rebelles, soutient Dick Berlijn, ancien commandant en chef des armées néerlandaises, interrogé par la NOS.

"Ce n'est pas un groupe uni", assure Justin Bronk : "ils ont des chefs différents et, potentiellement, des avis et des buts différents".

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