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A 15 ans, il quitte seul le Guatemala pour tenter sa chance aux Etats-Unis

A 15 ans, Marco a vu tous ses rêves s'évaporer dans son Guatemala natal où la drogue et les gangs gangrènent le quotidien. Pour s'en extraire, Marco a entrepris le voyage le plus périlleux de sa vie: se rendre illégalement aux Etats-Unis.

Dans son village de Sahila, à l'Ouest du Guatemala, Marco comptait bien vivre tranquille, loin de la criminalité. Las, le peu d'argent qu'il gagnait en s'évertuant à tondre des pelouses ne lui suffisait pas.

Pour autant, sa mère, qui vit aux Etats-Unis, était loin de l'inciter à la rejoindre.

"Je lui disais que je ne voulais pas rester là-bas (au Guatemala, ndlr), et elle me répondait: +tout va bien se passer, calme-toi+, mais elle ne m'a jamais dit sérieusement que je pouvais venir" aux Etats-Unis, raconte Marco à l'AFP.

Peu importe les conseils de sa mère, l'adolescent a fait ses bagages avec une seule destination en tête: les Etats-Unis.

A force d'économies et grâce à des contacts noués sur Facebook, Marco (dont le prénom a été changé) a réussi à trouver une place sur un bateau pour le Mexique voisin. S'en est suivie une longue et dangereuse marche à travers le Mexique, entre les serpents, la faim et les nuits passées dans des entrepôts.

"La première nuit on a mangé normalement. Mais les jours suivants, on n'a rien mangé jusque tard dans la journée", se souvient-il.

Il est ensuite passé entre les mains de passeurs et un chauffeur de car lui a soutiré ses derniers pesos mexicains.

Plus de 57.000 enfants sans-papiers non accompagnés, la plupart du Guatemala, du Salvador et du Honduras, ont été arrêtés aux Etats-Unis depuis le mois d'octobre, provoquant une crise migratoire qui a forcé le président Barack Obama à appeler les parents d'Amérique centrale à ne pas pousser leurs enfants sur les routes.

Et vendredi, les présidents du Guatemala, du Honduras et du Salvador sont attendus à la Maison Blanche pour aborder le sujet avec leur homologue américain.

A leur arrivée, les enfants sont pris en charge par la police des frontières, puis envoyés sous 72 heures dans des abris où ils bénéficient d'une aide médicale et psychologique.

Lorsqu'ils ont des proches aux Etats-Unis, c'est à eux qu'ils sont confiés en attendant que la justice se prononce sur leur cas.

Marco ne connaît pas encore la date de son audience.

Pedro non plus.

Pedro a six ans et est très timide, presque craintif. C'est à peine s'il reconnaît avoir eu peur pendant le voyage qui l'a mené du Salvador aux Etats-Unis pour rejoindre sa mère sans-papiers, Maria, qui vit dans la banlieue de Washington.

Pour le voyage, Maria a demandé à une cousine et un cousin de 17 ans d'accompagner Pedro de leur village jusqu'aux Etats-Unis.

Les cinq jours qu'ont duré le voyage ont été particulièrement éprouvants. Le trio est parti avec seulement un peu d'argent et les maigres indications que des adultes, qui avaient fait le voyage avant eux, leur ont données.

Tout allait plus ou moins bien jusqu'au moment où des hommes armés les ont attaqués alors qu'ils voyageaient en autocar.

"C'est dur, quand ils restent là-bas et que nous, nous sommes ici. (Pedro) courait plus de risques là-bas, au Salvador, alors qu'ici on sent qu'il est plus en sécurité", raconte Maria. "Ca a été vraiment une bonne idée de le faire venir, parce que je veux qu'il ait un bon avenir devant lui".

Aujourd'hui, Pedro est tout sourire, même s'il a des cauchemars et voit un psychologue.

"Je veux qu'il lui enlève tous ces traumatismes qu'il a emmagasinés", dit-elle.

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