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1914-18: quand Benoît XV proposait un système de règlement des conflits

Il est le plus oublié des papes du XXe siècle : Benoît XV est pourtant celui qui aura proposé en 1917 un système de règlement des conflits pour arrêter le massacre, ce qui lui vaudra d'être détesté à Berlin comme à Paris.

Surnommé par les uns "le pape boche", par les autres "le pape français", Giacomo della Chiesa, fils d'aristocrates gênois, fragile et maigre, va régner de septembre 1914 à janvier 1922 : un court règne, où il va pourtant innover.

"Des catholiques se battent les uns contre les autres. Quand Benoît XV lance son fameux appel de 1917 à un retrait simultané, évêques et cardinaux lui répondent : +Nous ne pouvons vous écouter+", explique à l'AFP le père Bernard Ardura, président du Comité pontifical des sciences historiques.

"Les belligérants disaient au pape : +Vous ne comprenez rien+, ou +Vous êtes de l'autre camp+", ajoute-t-il.

Ce pape oublié, rejeté, ne fait que des mécontents : "Quand les héros du temps s'appellent Ludendorff, Hindenburg ou Clémenceau, (...) quand Dieu lui-même est appelé à la rescousse pour assister les blessés et les morts, mais aussi pour bénir la propagande et le fût des canons, chacun est sommé de choisir son camp et de prendre les armes", explique le journaliste Henri Tincq dans son livre "Ces papes qui ont fait l'Histoire" (Stock).

"C'est alors l'instrumentalisation de la religion, et la sacralisation de la guerre", confirme le père Ardura.

"Sa proposition de trêve à Noël 1914 (trêve des combats sur laquelle a été réalisé le film français "Joyeux Noël" de Christian Carion, 2005) est accueillie par des haussements d'épaules", affirme encore Henri Tincq. Les aumôniers militaires dans les tranchées ne répercutent pas les appels du pape.

"L'élément religieux est très important dans la Grande Guerre. Le sentiment national, ethnique, l'emporte sur la simple humanité, écrase la raison", observe-t-il, dans ce qui n'est pas sans rappeler aujourd'hui l'Ukraine ou même le Rwanda en 1994.

"Les attitudes sont poussées par la passion. Les églises sont remplies. Beaucoup de gens redécouvrent l'expression de la foi dans la souffrance, et cette expression est proportionnelle à l'énormité du conflit", note l'historien du Vatican.

Que proposait exactement Benoît XV ? Dès l'automne 1914, prolongeant les derniers appels de son prédécesseur Pie X, il prend position dans des exhortations dramatiques contre la guerre : "L'Europe, ravagée par le fer et le feu, ruisselle de sang chrétien." "A voir ces peuples armés les uns contre les autres, se douterait-on qu'ils descendent d'un même Père, qu'ils ont la même nature", observe-t-il.

Mais c'est surtout la fameuse "note de paix" du 1er août 1917 qui marquera le droit international, en dessinant un processus de règlement des conflits, similaire à celui mis en place par la Société des nations (SDN) : diminution simultanée et réciproque des armements, évacuation réciproque des territoires occupés, règlement des litiges par une conférence de paix, liberté des mers, substitution de la force morale du droit à la force matérielle, arbitrage - avec des sanctions pour l'Etat qui refuserait de soumettre ses revendications à l'arbitrage ou de s'y conformer, pardon total et réciproque plutôt que réparations et dommages de guerre.

"Parler alors de neutralité du Saint-Siège n'est pas exact. Benoît XV ne revendique pas d'être neutre. Il est en dehors, il se veut impartial", précise le père Ardura.

Jean XXIII a réussi, selon lui, dans la crise des missiles à Cuba entre Soviétiques et Américains en 1962 ce que Benoît XV ne pouvait réaliser entre Français et Allemands. Mais "la dissuasion nucléaire les obligeait à accepter".

C'est en partie pour faire redécouvrir ce rôle méconnu d'homme de paix, que Joseph Ratzinger, autre pape discret, choisira en 2005 le nom de Benoît.

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