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09/07/2014 12:45 EDT | Actualisé 07/09/2014 05:12 EDT

Les Slovènes aux urnes sans grand espoir de jours meilleurs

Les Slovènes sont appelés aux urnes dimanche pour des élections législatives anticipées susceptibles d'accroître l'instabilité dans ce petit pays de la zone euro, passé à deux doigt de la faillite fin 2013.

Fait inhabituel, ce deuxième scrutin anticipé en moins de trois ans dans l'Etat issu de l'ex-Yougoslavie se déroule en pleines vacances estivales, ce qui risque de peser sur la participation.

Autres curiosités: l'un des candidats, l'ancien Premier ministre conservateur Janez Jansa, purge actuellement une peine de prison pour corruption, et le favori des élections, Miro Cerar, est professeur de droit et fait ses premiers pas sur la scène politique.

La Première ministre sortante Alenka Bratusek (centre gauche) avait plaidé pour la tenue le plus tôt possible d'un scrutin afin d'avoir dès septembre un gouvernement à même de poursuivre les réformes, notamment les impopulaires privatisations destinées à réduire l'endettement.

Mme Bratusek, en place depuis un peu plus d'un an, a démissionné en mai après avoir été désavouée par son parti Slovénie positive (SP).

"Je doute profondément que ces élections apporteront plus de stabilité politique", estime auprès de l'AFP Matevz Tomsic, professeur à l'Ecole de sciences sociales Nova Gorica.

-Inexpérience-

Miro Cerar, un homme respecté de 51 ans qui recueille pour son parti entre 28,7 et 37,3% des intentions de vote, n'a ni expérience, ni programme. Mais il profite de la profonde défiance des Slovènes envers leurs élites politiques.

Lors des élections anticipées de 2011, Zoran Jankovic, le maire de Ljubljana et fondateur de Slovénie positive, avait séduit les électeurs en se présentant comme un homme d'affaires plutôt que comme un homme politique. Vainqueur surprise du scrutin, il avait néanmoins échoué à former une coalition.

"J'ai confiance dans le fait que nous pourrons diriger le pays même si nous sommes nouveaux venus", a assuré M. Cerar à l'AFP.

Mais de nombreux observateurs sont sceptiques. "Jankovic a échoué (...) malgré son expérience de dirigeant d'entreprise. Cerar n'a aucune expérience comme dirigeant et, s'il parvient à former une coalition, il ne sera pas capable de diriger un gouvernement", juge M. Tomsic.

Le Parti démocratique slovène (SDS) de Janez Jansa, qui fait campagne depuis sa cellule mais espère être blanchi par la Cour suprême, arrive deuxième dans les derniers sondages (15,1 à 24,5%).

Tête de liste du SDS, il a rejeté toute éventualité d'alliance avec Miro Cerar. Dans un message sur Twitter, il a accusé le juriste de n'avoir "ni programme, ni honneur".

Les autres partis de centre gauche (Slovénie positive et la nouvelle alliance pour Alenka Bratusek) ont peu de chance d'entrer au Parlement. Le parti des retraités DESUS, qui obtientrait entre 4 et 10%, devrait de nouveau être incontournable dans une coalition.

-Explosion de la dette-

Inquiète elle aussi des "incertitudes" sur la capacité d'un nouveau gouvernement à poursuivre sur la voie de la rigueur, l'agence de notation anglosaxonne Standard and Poor's a révisé fin juin ses perspectives sur la dette souveraine du pays de stable à négative, ce qui signifie qu'elle pourrait abaisser sa notation dans les mois à venir.

Le refinancement de la Slovénie sur le marché obligataire risquerait alors de redevenir plus onéreux. Or la dette a déjà triplé par rapport à 2008 pour grimper à 70% du produit intérieur brut (PIB) en 2013, après la recapitalisation d'urgence des banques en décembre qui a permis au pays balkanique d'éviter le recours à un plan de sauvetage européen.

Même si la Slovénie est sortie de la récession, "les perspectives de croissance restent faibles", souligne aussi Standard and Poor's. Et le chômage touche plus de 13% de la population active.

Miro Cerar n'a guère rassuré les marchés en critiquant certains projets de privatisation, notamment l'aéroport de Ljubljana ou la compagnie de télécommunication publique, voulus par l'Union européenne.

"Je crois que la stabilité pourrait être menacée si la Slovénie ne se dote pas, avec ces élections, d'un gouvernement solide qui continuera sur la voie que nous avons tracée", a prévenu Mme Bratusek, interrogée par l'AFP.

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