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Présidentielle afghane: Abdullah se dit vainqueur, la crise politique s'aggrave

Abdullah Abdullah s'est déclaré mardi vainqueur de la présidentielle afghane, rejetant en bloc l'avance de son rival Ashraf Ghani, due selon lui à une fraude massive, au risque de déclencher une nouvelle période d'instabilité voire des tensions ethniques.

M. Abdullah est arrivé loin derrière M. Ghani (43,5% des voix contre 56,4%), selon les résultats provisoires du deuxième tour du 14 juin annoncés lundi soir par la commission électorale indépendante (IEC).

Le candidat, favori après le premier tour du 5 avril remporté avec plus de 12 points d'avance sur M. Ghani, a refusé de reconnaître les derniers résultats, faussés selon lui par des fraudes massives en faveur de son adversaire.

Mardi, il a enfoncé le clou en se proclamant vainqueur devant plusieurs milliers de ses partisans à Kaboul dans la vaste salle abritant habituellement la Loya Jirga (grande assemblée traditionnelle afghane). "Sans aucun doute nous sommes les gagnants de l'élection", a-t-il lancé.

Face à l'offensive de son adversaire, M. Ghani a réagi plutôt calmement mardi soir lors d'une conférence de presse à Kaboul, en se disant opposé à "toute action unilatérale et contraire à la loi".

Par ailleurs, le candidat a assuré que les voix qu'il avait recueillies étaient "honnêtes". Pour montrer sa bonne foi, il expliqué qu'il avait donné son accord pour que 7.100 bureaux de vote, soit trois millions de voix, fassent l'objet d'un examen pour y déceler d'éventuelles fraudes.

Mais M. Abdullah a réclamé un audit incluant jusqu'à 11.000 bureaux de vote, selon son entourage.

Lors de la précédente présidentielle en 2009, M. Abdullah avait jeté l'éponge avant le second tour en dénonçant, déjà, des fraudes en faveur du président Hamid Karzaï, qui fut ainsi réélu.

Conscient d'attiser les tensions chez ses partisans, il s'est toutefois efforcé de rassurer la communauté internationale, inquiète de la tournure des événements. "Nous voulons l'unité nationale et la dignité de l'Afghanistan. Nous ne voulons pas la guerre civile", a-t-il assuré.

Les Etats-Unis, principal bailleur de fonds et soutien militaire de l'Afghanistan depuis 2001, ont été prompts à réagir face à la montée des tensions dans le pays.

Le secrétaire d'État américain John Kerry a ainsi mis en garde contre toute tentative de prendre illégalement le pouvoir en Afghanistan, menaçant de couper les vivres au pays, et contre toute formation d'un "gouvernement parallèle", option évoquée dans les rangs de M. Abdullah.

Ce dernier s'est bien gardé d'aller dans ce sens mardi, en demandant à ses partisans de lui laisser "du temps" pour prendre des décisions dans les jours à venir.

M. Abdullah a affirmé avoir parlé par téléphone mardi matin au président américain Barack Obama et à John Kerry, signe d'une forte préoccupation de Washington quant à l'issue incertaine du processus. M. Abdullah a ajouté que M. Kerry serait à Kaboul vendredi.

De son côté, la mission de l'ONU en Afghanistan (Unama) a appelé les deux candidats à la "retenue" mardi dans un communiqué précisant qu'il "serait prématuré pour les candidats de revendiquer la victoire".

Et le président Hamid Karzaï a appelé mardi dans un communiqué les candidats à "coopérer" avec les autorités électorales. Le chef de l'Etat est également dans le collimateur du camp Abdullah qui l'accuse d'avoir manipulé l'élection au profit de M. Ghani.

Lundi soir, le président de l'IEC Ahmad Yusuf Nuristani a reconnu l'existence de fraudes dans le scrutin, évoquant des "erreurs techniques et des lacunes".

Selon l'IEC, plus de huit millions de suffrages ont été enregistrés, un chiffre élevé qui nourrit des accusations de fraudes dans le camp Abdullah.

Les chiffres annoncés lundi ne sont toutefois pas définitifs, car la Commission des plaintes (ECC) doit maintenant examiner les soupçons de fraude et pourrait annuler certains votes.

Le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, a dit espérer mardi que le réexamen des votes puisse conduire à l'élection crédible d'un président qui pourra signer l'accord de sécurité encadrant la présence militaire internationale après 2014 en Afghanistan.

Le scrutin doit donner au pays un successeur à Hamid Karzaï, qui l'a dirigé depuis la chute des talibans fin 2001. Et certains observateurs craignent qu'une impasse politique ne dégénère en tensions voire en violences communautaires entre Tadjiks au Nord, fidèles à M. Abdullah, et Pachtounes au Sud et à l'Est dans le camp Ghani.

Or les troupes de l'Otan se préparent à quitter le pays en fin d'année, et laisseront derrière elles une insurrection des talibans toujours active.

"Si ce processus (électoral) n'est pas clarifié avant le sommet de l'Otan en septembre, il est difficile d'imaginer comment l'accord pourra être signé avant le sommet", a indiqué M. Rasmussen.

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