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Le Mondial de foot, un facteur d'unité et d'auto-estime en Colombie

Au-delà du sport, le parcours historique de la Colombie au Mondial de football a résonné comme un facteur d'unité et d'auto-estime dans ce pays secoué par un conflit armé et la mauvaise réputation du narcotrafic.

Le retour de l'équipe à Bogota a suscité l'un des plus grands rassemblements jamais vu récemment dans la capitale, avec une marée jaune de plus de 50.000 personnes, issues de tous les milieux, le weekend dernier. "Le bon exemple", c'était l'un des slogans sur les pancartes agitées lors de cet accueil triomphal.

"Le football aide en terme d'auto-estime, d'énergie psychologique. (...) Beaucoup de gens ont revêtu le maillot pour défendre l'équipe mais aussi défendre désormais le pays, son projet en tant que nation", a affirmé à l'AFP Fabian Sanabria, directeur de l'Institut colombien d'anthropologie et d'histoire.

Tous les matchs disputés par la Colombie, qui a atteint les quarts de finale pour la première fois de son histoire avant d'être éliminée par le Brésil, ont déclenché des rassemblements monstres dans tout le pays. Et les autorités ont été les premières à réagir face à ceux qui tenteraient d'écorner son image.

La ministre des Affaires, Maria Angela Holguin, est ainsi montée au créneau lorsque l'actrice néerlandaise Nicolette Van Dam a publié, en guise de plaisanterie, un photomontage des footballeurs colombiens aspirant la ligne blanche sur un terrain de football, en référence à la cocaïne. Ambassadrice de bonne volonté auprès de l'Unicef, le mannequin a dû renoncer à son poste.

Le gouvernement n'a pas non plus laissé passer d'autres blagues du même acabit diffusées par un caricaturiste belge ou encore une radio australienne. A chaque fois, les plus hautes autorités de l'État ont réagi par une plainte officielle, rappelant leur volonté de lutter contre la cocaïne, dont la Colombie est le premier producteur au monde avec le Pérou.

"Ce sont des réactions communes pour montrer un autre visage du pays et défendre des images positives de la Colombie, qui contribuent à améliorer l'auto-estime de la société et rompre avec l'image de Pablo Escobar et des cartels de la drogue, tellement éculées", observe M. Sanabria.

Les éditorialistes de la presse nationale ont aussi vu dans le parcours colombien le signe d'une unité prometteuse pour le pays.

"On peut rêver, rêver en grand. Et cette leçon, nous l'avons apprise de la part de jeunes champions. Avec eux, nous n'avons pas entendus de paroles de haines et le bruit ensorcelant des balles et des bombes", a indiqué un éditorial du quotidien El Espectador, l'un des principaux du pays.

Réélu pour un second mandat le 15 juin dernier, le président Juan Manuel Santos n'a pas hésité à faire le rapprochement avec le processus de paix en cours avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) et l'Armée de libération nationale (ELN), les deux dernières guérillas d'extrême gauche encore en activité.

"Nous pouvons tous réussir si nous travaillons, comme la sélection de Colombie, pour être unis", a-t-il clamé.

Durant le Mondial, des messages du ministère de la Défense appelant les rebelles à la démobilisation ont accompagné la retransmission des matchs de la Colombie à la télévision ou la radio. Ce qui n'a pas empêché les deux guérillas d'envoyer de leur côté un message de félicitations à l'équipe.

Selon M. Sanabria, il est même possible que le sentiment de fierté nationale, né du Mondial, puisse "favoriser le soutien au dialogue de paix" initié par le gouvernement pour mettre fin à ce conflit interne d'un demi-siècle, le plus ancien d'Amérique latine.

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