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La CEDH condamne la Turquie pour la détention provisoire de deux journalistes

La Turquie a été condamnée mardi par la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) pour avoir maintenu en détention provisoire pendant plus d'un an deux journalistes d'investigation réputés, sans raisons suffisantes.

Les requérants en question, Nedim Sener et Ahmet Sik, sont deux journalistes de renom en Turquie, où ils ont été arrêtés en 2011 et accusés d'avoir aidé une organisation soupçonnée de vouloir renverser le gouvernement islamo-conservateur.

Après plusieurs demandes, les deux hommes, soutenus par les défenseurs de la liberté de la presse, ont fini par être libérés en mars 2012, un peu plus d'un an après leur arrestation, mais ils risquent jusqu'à 15 ans d'emprisonnement.

MM. Sener et Sik sont accusés d'avoir aidé le réseau dit Ergenekon, soupçonné d'avoir tenté de créer un terrain favorable à un coup d'Etat militaire en Turquie.

Dans le principal procès lié à cette affaire en Turquie, des membres de l'organisation Ergenekon ont déjà été condamnés à des peines d'emprisonnement.

Selon les juges de la CEDH, les motifs invoqués par les autorités turques "ne sont ni pertinents ni suffisants" pour justifier la durée de la détention préventive des deux journalistes. Et ni eux ni leurs avocats "n'ont eu la possibilité de contester de manière satisfaisante" cette décision de justice, ont-ils notamment souligné.

Des mesures comme ce long maintien en détention "sont susceptibles de créer un climat d'autocensure pour tous les journalistes d'investigation envisageant d'effectuer des recherches et de faire des commentaires sur le comportement et les agissements des organes étatiques", ont par ailleurs appuyé les juges européens.

La Turquie doit verser 20.000 euros à M. Sener et 10.000 euros à M. Sik pour dommage moral, selon l'arrêt de la CEDH. Ce dernier n'est toutefois pas encore définitif: les parties disposent de trois mois pour demander un renvoi de l'affaire devant la Grande chambre de la Cour basée à Strasbourg.

La Turquie est régulièrement épinglée par les organisations de défense de droits de l'Homme pour ses atteintes à la liberté de la presse, et figure au 154ème rang sur 179 dans le classement mondial 2013 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

Ahmet Sik a été récompensé en mai 2014 par le Prix mondial de la liberté de la presse Unesco/Guillermo Cano 2014. Son collègue Nedim Sener a de son côté été lauréat en 2010 de l'Institut international de la presse.

cds/yo/ml

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