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France : Valls pousse sa ligne réformiste, braquant syndicats et aile gauche des socialistes

Nommé il y a cent jours à la tête du gouvernement pour relancer une économie en berne et enrayer un chômage record, Manuel Valls, apôtre du social-libéralisme, creuse en France son sillon de réformiste malgré une fronde de syndicats et de socialistes lui reprochant d'être inféodé au patronat.

L'ex-ministre de l'Intérieur, connu pour sa fermeté et son franc-parler, devait célébrer mardi soir cet anniversaire en dressant sa feuille de route sociale pour l'année à venir au cours d'une conférence annuelle à Paris réunissant patronat et syndicats. Mais il le fera devant une audience clairsemée.

Ses récentes annonces sur le report partiel d'un dispositif permettant à des salariés accomplissant un travail pénible de partir plus tôt à la retraite ou sur une simplification du code du Travail ont consacré le divorce entre l'exécutif et les syndicats. La CGT (premier syndicat ouvrier) et FO (majoritaire chez les fonctionnaires) ont annoncé à l'avance qu'ils boycotteraient le discours que devait prononcer Manuel Valls devant la conférence sociale.

Le numéro un de FO, Jean-Claude Mailly, a dénoncé mardi le "chemin dangereux pour l'économie" emprunté par le gouvernement et fustigé une politique d'"austérité". "Nous parler de dialogue social, quand un gouvernement décide sans dialoguer, ça s'appelle du cinéma", a-t-il ajouté, évoquant les "déclarations intempestives du Premier ministre".

Le discours de Manuel Valls "ne mérite pas notre présence à ses côtés" en raison de ses déclarations récentes "en faveur du patronat", avait estimé auparavant son homologue de la CGT, Thierry Lepaon.

La FSU, première fédération syndicale chez les enseignants, leur a emboîté le pas.

"Nous ne restons pas à cette conférence sociale parce qu'elle est trop mal engagée en termes de méthode sur le dialogue social", a déclaré sa secrétaire générale, Bernadette Groison.

Tout en affirmant ne pas "minimiser" le départ des syndicats, Manuel Valls a estimé que leur geste était "une critique de la politique menée depuis deux ans", mais "pas un refus du dialogue social".

En cause, les concessions aux entreprises faites dans le dossier du "pacte de responsabilité". Ce "pacte", pierre angulaire de la politique de relance de l'économie pour les trois prochaines années, prévoit une aide de 40 milliards d'euros aux entreprises en contrepartie de l'embauche d'un demi-million de chômeurs d'ici à 2017.

L'exécutif souhaitait faire de la conférence sociale un grand moment d'union nationale, de "dialogue social à la française". Mais la politique de la chaise vide des syndicats a constitué un camouflet pour le président François Hollande qui voit chaque jour se compliquer un peu plus son objectif d'inverser la courbe du chômage et d'espérer ainsi briguer un second mandat en 2017.

En quittant la table, les syndicats dénoncent le rôle du Premier ministre, tenant d'un blairisme à la française et parfois qualifié de "socialiste de droite", qu'ils accusent d'avoir cédé aux injonctions du patronat.

Face aux critiques, Manuel Valls dénonce une France "entravée, coincée, tétanisée" et plaide en faveur d'une gauche "qui met la société en mouvement", une gauche "qui marche".

Il est soutenu par le président qui a répété lundi que le dialogue social ne pouvait être "une perpétuelle surenchère avec des demandes unilatérales".

Le "pacte de responsabilité, présenté par M. Hollande comme "le plus grand compromis social depuis des décennies", est le plan de réformes le plus important lancé par l'ancien patron du Parti socialiste, et il est le symbole du virage "social-démocrate" qu'il a pris fin 2013.

La première pierre de cet édifice fragile devait toutefois être posée dans l'après-midi avec un vote à l'Assemblée nationale d'un projet de loi de financement de la Sécurité sociale.

Ce texte s'inscrit dans le pacte de responsabilité puisqu'il contient des allègements de cotisations patronales et le gel de certaines pensions de retraite.

Là encore, le chef du gouvernement essuie les critiques de l'aile gauche de sa majorité parlementaire socialiste. Une quarantaine de députés "frondeurs", ainsi que les écologistes, ont déjà avertis qu'ils allaient majoritairement s'abstenir.

"Nous assumons pleinement et collectivement le fait de ne pas accepter cette ligne de dérive de l'exécutif, qui épouse la thèse patronale de l'allègement du coût du travail, payé par les retraités", a expliqué à l'AFP le député socialiste, Pouria Amirshahi. Sans suprise, la droite conservatrice et la gauche radicale vont voter contre.

bur-kat/sym

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