Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.

France : Valls accentue sa ligne réformiste en se mettant à dos les syndicats

Nommé il y a cent jours pour relancer une économie en berne et enrayer un chômage record, le Premier ministre français Manuel Valls a défendu mardi sa politique réformiste à laquelle s'opposent les syndicats et l'aile gauche du parti socialiste qui lui reprochent d'être inféodé au patronat.

L'exécutif mène "une politique de gauche", a affirmé cet apôtre du social-libéralisme, au cours d'une réunion des députés de sa formation, appelant à aller "voir ailleurs ce qu'est une politique d'austérité". "Soit on réforme, soit on se laisse aller", a-t-il ajouté, selon des propos rapportés par des participants.

L'ex-ministre de l'Intérieur, connu pour sa fermeté et son franc-parler, devait marquer mardi soir ses 100 premiers jours de pouvoir par la présentation d'une feuille de route sociale pour l'année à venir, au cours d'une conférence annuelle à Paris réunissant patronat et syndicats.

Mais l'audience sera clairsemée.

Ses récentes annonces sur le report partiel d'un dispositif permettant à des salariés accomplissant un travail pénible de partir plus tôt à la retraite ou sur une simplification du code du Travail ont en effet poussé plusieurs syndicats à boycotter son intervention.

Le numéro un du syndicat Force ouvrière (FO), majoritaire chez les fonctionnaires, Jean-Claude Mailly, a dénoncé le "chemin dangereux pour l'économie" emprunté par le gouvernement et fustigé une politique d'"austérité". "Nous parler de dialogue social, quand un gouvernement décide sans dialoguer, ça s'appelle du cinéma", a-t-il ajouté.

Le discours de Manuel Valls "ne mérite pas notre présence à ses côtés" en raison de ses déclarations récentes "en faveur du patronat", avait estimé auparavant son homologue de la Confédération générale du travail (CGT), premier syndicat ouvrier,Thierry Lepaon.

La FSU, première fédération syndicale chez les enseignants, a suivi le même chemin. "Nous ne restons pas à cette conférence sociale parce qu'elle est trop mal engagée en termes de méthode sur le dialogue social", a déclaré sa secrétaire générale, Bernadette Groison.

Tout en affirmant ne pas "minimiser" le départ des syndicats, Manuel Valls a estimé que leur geste était "une critique de la politique menée depuis deux ans", mais "pas un refus du dialogue social". Il est "inadmissible qu'on parle de cadeaux aux patrons", a-t-il aussi lancé pendant sa rencontre avec des députés.

Face aux critiques, Manuel Valls dénonce depuis plusieurs mois une France "entravée, coincée, tétanisée". Il plaide en faveur d'une gauche "qui met la société en mouvement", une gauche "qui marche".

Pour les syndicats, trop de concessions sont toutefois faites aux entreprises dans le dossier du "pacte de responsabilité". Ce "pacte", pierre angulaire de la politique de relance de l'économie pour les trois prochaines années, prévoit une aide de 40 milliards d'euros aux entreprises en contrepartie de l'embauche d'un demi-million de chômeurs d'ici à 2017.

Le boycottage des syndicats constitue un camouflet pour le président François Hollande qui voit chaque jour se compliquer un peu plus son objectif d'inverser la courbe du chômage et d'espérer ainsi briguer un second mandat en 2017. Lundi, le chef de l'Etat avait souligné que le dialogue social ne pouvait être "une perpétuelle surenchère avec des demandes unilatérales".

Le "pacte de responsabilité, présenté par M. Hollande comme "le plus grand compromis social depuis des décennies", est le symbole du virage "social-démocrate" pris par le président fin 2013.

La première pierre de cet édifice fragile a été posée dans l'après-midi avec un vote à l'Assemblée nationale d'un projet de loi de financement de la Sécurité sociale.

Ce texte contient des allègements de cotisations patronales et le gel de certaines pensions de retraite. Une quarantaine de députés "frondeurs" ainsi que des écologistes avaient fait part de leur opposition à ce projet adopté par 272 voix pour, 234 contre et 54 abstentions.

"Nous assumons pleinement et collectivement le fait de ne pas accepter cette ligne de dérive de l'exécutif, qui épouse la thèse patronale de l'allègement du coût du travail, payé par les retraités", avait expliqué à l'AFP avant le vote le député socialiste, Pouria Amirshahi.

Sans suprise, la droite conservatrice et la gauche radicale devaient voter contre.

bur-kat/prh/sym

Envoyer une correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.