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Agent double: l'Allemagne s'interroge sur des représailles contre Washington

L'Allemagne débattait mardi d'éventuelles représailles contre les Etats-Unis après la découverte d'un présumé agent double allemand employé par Washington, alors que le piratage du téléphone d'Angela Merkel n'est toujours pas digéré.

Des révélations vendredi sur un collaborateur des services de renseignement allemands (BND) soupçonné de travailler pour le compte des Etats-Unis ont suscité beaucoup d'irritation à Berlin où l'on était déjà remonté contre Washington depuis la découverte l'an dernier d'un espionnage à grande échelle par l'agence américaine NSA ayant visé notamment le téléphone portable de la chancelière.

"Si ces informations sont exactes, ce serait une affaire grave, a lancé Mme Merkel lundi, en visite en Chine. Il s'agirait à mes yeux d'une évidente contradiction avec ce que je considère être une coopération de pleine confiance entre agences (de renseignement) et partenaires".

Des membres du gouvernement allemand sont allés plus loin, tel le ministre de la Justice, Heiko Maas, qui a menacé d'engager des "poursuites judiciaires" si les services secrets ne s'en tiennent pas aux règles et a dénoncé "la folie de la surveillance" américaine.

Quant au ministre de l'Intérieur, Thomas de Maizière, il envisagerait, selon le quotidien allemand Bild, d'élargir le champ d'enquête des services allemands pour pouvoir surveiller l'allié américain. Jusqu'ici, les membres de l'Otan, dont les Etats-Unis, ne font pas l'objet d'espionnage de la part des Allemands, sur ordre de la chancellerie, affirme le journal.

La chef du groupe parlementaire des Verts, Katrin Göring-Eckardt, a renouvelé ses appels à interroger en Allemagne Edward Snowden, l'ex-consultant du renseignement américain, réfugié en Russie après ses révélations sur l'espionnage de la NSA.

"On n'est pas respecté quand on se tait, mais (on le serait) si on faisait venir Edward Snowden comme témoin en Allemagne (...) et si on récupérait auprès de lui des informations que l'on ne peut obtenir autrement", a-t-elle déclaré au quotidien Passauer Neue Presse de mardi.

Le gouvernement allemand a jusqu'ici refusé d'inviter M. Snowden à témoigner sur son sol pour ne pas froisser Washington.

Lundi, la Maison Blanche a rompu le silence qu'elle observait depuis les révélations de vendredi sur l'agent double allemand. Elle a refusé de commenter ces informations mais a assuré qu'elle allait collaborer avec Berlin.

"Nous allons travailler avec les Allemands pour résoudre cette affaire de manière appropriée", a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche, Josh Earnest, ajoutant qu'il ne pouvait s'exprimer sur un dossier touchant au renseignement.

Les "relations qu'entretiennent les Etats-Unis avec l'Allemagne sont extrêmement importantes. Nous avons une relation très étroite", a-t-il continué. "Notre partenariat est bâti sur le respect, des décennies de coopération et de valeurs communes", a-t-il insisté.

De son côté, une porte-parole du gouvernement allemand, Christiane Wirtz, a simplement déclaré que Berlin "allait devoir attendre pour voir les conséquences que pourrait avoir" cette affaire sur les liens transatlantiques. Mais elle a souligné qu'elle ne remettrait pas en question les négociations sur le traité de libre-échange transatlantique (TTIP), que Merkel a qualifié d'objectif clé de sa politique étrangère.

Certains documents que l'agent-double présumé aurait transmis à la CIA comprendraient des informations sur la commission d'enquête du Bundestag, chambre basse du Parlement allemand, justement mise en place en avril pour déterminer l'étendue des activités d'espionnage des Etats-Unis envers l'Allemagne et ses partenaires.

Henning Riecke, expert des relations transatlantiques à l'institut allemand de politique étrangère (DGAP), a estimé que, si cette violation du secret était prouvée, elle était du même niveau que l'espionnage du portable d'Angela Merkel et était regrettable car dictée par une vision à court terme des intérêts américains.

Il a toutefois souligné que la marge de manoeuvre de l'Allemagne, en termes de représailles, restait limitée compte tenu de la collaboration nécessaire entre les deux pays sur des dossiers majeurs, sources d'inquiétudes, comme l'Afghanistan, l'Ukraine ou l'Iran.

Ces affaires d'espionnage ont sérieusement terni l'image des Etats-Unis. Début juin, avant même que n'éclate l'affaire de l'agent double, 69% des Allemands déclaraient faire moins confiance aux Américains qu'auparavant, dans une étude publiée par l'hebdomadaire allemand Der Spiegel.

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