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A Pékin, Merkel défend les vertus d'"une société libre et ouverte"

La chancelière allemande Angela Merkel a défendu mardi à Pékin, devant un public d'étudiants chinois, les bienfaits d'une "société libre et ouverte", invoquant les évolutions provoquées par la chute du mur de Berlin.

Débuté dimanche, le septième voyage de la chancelière en Chine depuis sa prise de fonctions en 2005 était placé sous le signe de l'économie, comme en témoignait l'imposante délégation de chefs d'entreprises l'accompagnant.

Cependant, au dernier jour de sa visite, Mme Merkel a profité d'un discours axé sur le changement climatique et le "développement durable" pour défendre les vertus d'"un système juridique correct et équitable sur le plan social".

"Il est important que les citoyens puissent croire au pouvoir de la loi, plutôt que (de se soumettre) à une loi des puissants", a-t-elle noté, au cours de cette intervention soigneusement pesée dans un auditorium de l'université d'élite Tsinghua.

La dirigeante a ensuite évoqué les forums établis entre Pékin et Berlin pour discuter "des droits de l'homme, des libertés individuelles et de la diversité sociale".

"C'est très important à mes yeux, car il y a 25 ans, quand une révolution pacifique a éclaté en RDA", le régime communiste d'Allemagne de l'Est, "cela a permis de faire tomber le mur de Berlin et d'arriver à un libre dialogue" au sein de la société, a expliqué la chancelière.

Quelques mois plus tôt, la Chine avait connu son plus vaste soulèvement contre le régime depuis sa fondation en 1949, réprimé dans le sang en juin 1989.

Mme Merkel a elle-même grandi en RDA, où les libertés étaient réprimées et les citoyens massivement surveillés.

"Je pense que c'est également important ici en Chine d'avoir pareillement un libre dialogue", a-t-elle ajouté, alors que le géant asiatique est régulièrement critiqué pour ses abus de pouvoir, sa sévère répression des voix dissidentes et l'iniquité de son système judiciaire.

"Il faut que les citoyens se sentent protégés (...) Il est important d'avoir des lois qui servent à préserver ces principes. Il est crucial d'avoir une société libre, ouverte et plurielle pour construire un avenir couronné de succès", a insisté Mme Merkel.

Ses commentaires contrastaient avec les visites de la plupart des dirigeants occidentaux, lesquels tendent à éviter en public toutes remarques sur le sujet alors qu'ils courtisent la deuxième économie mondiale.

Angela Merkel elle-même avait dans le passé provoqué l'ire de Pékin, avec sa rencontre en 2007 avec le dalai lama, bête noire des autorités chinoises qui considèrent le chef spirituel tibétain en exil comme un "séparatiste".

Après des éditoriaux plutôt tièdes ces derniers mois à l'égard de pays européens comme la Grande-Bretagne, la presse chinoise avait réservé dimanche et lundi à la visite de Merkel un accueil enthousiaste, soulignant les relations commerciales florissantes des deux puissances exportatrices.

Une poignée de contrats commerciaux et d'investissements a d'ailleurs été dévoilée lundi, dont de nouvelles usines pour le constructeur automobile Volkswagen et les commandes de 123 hélicoptères d'Airbus.

Interrogée mardi par un étudiant de Tsinghua sur la façon dont l'histoire de la Seconde guerre mondiale est évoquée par le gouvernement japonais, Mme Merkel n'a pas répondu sur ce terrain, préférant raconter comment les Allemands s'étaient diffilement confrontés dans l'après-guerre à la mémoire du régime nazi.

L'expérience vécue "rendait parfois difficile pour le pays de faire face à sa propre histoire sous Hitler", mais à partir des années 1960 les jeunes générations d'Allemands "ont commencé à interroger leurs aînés", un processus "lent", "difficile et conflictuel", mais nécessaire pour "éviter que les erreurs se répètent à l'avenir", a-t-elle déclaré.

Les médias officiels chinois opposent souvent "l'exemple" de l'Allemagne --et de sa contrition sur son passé nazi-- aux discours des dirigeants japonais, qu'ils accusent de vouloir "récrire" l'histoire de l'invasion de la Chine par les forces nippones à partir de 1937 et des exactions qu'elles y a commises.

jug/ple/ros

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