Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.

A Arles, les monuments aux morts de la Grande Guerre sous l'objectif de Depardon et de milliers d'anonymes

Certains sont surmontés d'un coq, d'autres d'un soldat de la Grande Guerre ou d'une femme recueillie : des milliers de monuments aux morts, photographiés par des anonymes, défilent aux Rencontres d'Arles (sud de la France), sous la houlette du photographe Raymond Depardon qui souhaite attirer le regard sur ces ouvrages de mémoire.

Un grand inventaire des monuments aux morts de la Première Guerre mondiale a été lancé en février par la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale, l'Université de Lille III et les Rencontres d'Arles.

Les 36.000 communes françaises ont été invitées à participer à cette collecte photographique inédite et Raymond Depardon a établi un protocole simple pour la prise de vue de ces monuments qui existent dans presque toutes les communes de France mais auxquels on ne prête plus guère attention.

Cinq mille réponses sont arrivées en trois mois sur une base de données de l'Université de Lille III, qui a traité ces dépôts.

"Les images nous ont été envoyées par des responsables de mairie mais aussi par des amateurs de photographie, des passionnés soucieux de rendre hommage aux morts, des classes de primaire qui ont fait un travail autour avec leur institutrice", explique à l'AFP Martine Aubry, ingénieur de recherche à Lille III.

Le résultat de cette collecte est présenté sur huit écrans sous les voûtes d'une église désaffectée d'Arles. Les monuments aux morts défilent, dans toute leur diversité, au son des cloches, des chants d'oiseaux ou parfois de la sonnerie aux morts.

"Il y a à la fois des monuments aux morts très simples, réalisés en usine. Mais aussi de grandes sculptures y compris pour de petits villages", relève Mme Aubry.

En guise de préface, Raymond Depardon expose une douzaine de ses photographies couleur grand format de monuments aux morts, prises entre 2004 et 2010.

"Au départ, j'étais comme tout le monde. Je les trouvais un peu dérangeants. Je ne savais pas s'ils étaient là pour nous donner mauvaise conscience... Dans le monde rural, les jeunes se donnaient rendez-vous devant. Plus personne ne les regardait", explique Raymond Depardon à l'AFP. "Et puis, à ma grande surprise, je me suis aperçu qu'ils n'étaient jamais les mêmes, qu'il étaient d'une très grande variété".

Du village de Montcravel (nord) à Céret (sud-ouest), en passant par Royan (ouest) ou Rimeize (centre), ces monuments saisis par Depardon rappellent avec délicatesse la catastrophe humaine de la guerre de 1914-1918 : 1,35 million de soldats "morts pour la France".

"Avec cette lumière très particulière, Raymond Depardon sublime avec pudeur et simplicité cet hymne à une génération perdue, cette douleur latente que le temps ne doit pas atténuer, pour empêcher une répétition de l'Histoire", souligne François Hébel, directeur sortant des Rencontres d'Arles.

Tous ces monuments constituent "une multiplication extraordinaire de la mémoire de la guerre", estime Annette Becker, historienne spécialiste de la Première Guerre mondiale.

Selon elle, chaque monument reproduit au moins une de ces trois idées : la foi dans la Patrie avec le coq terrassant l'aigle; le devoir et le sacrifice avec la statue du soldat; l'arrière avec les femmes qui pleurent les disparus.

"Dès 1918, 1919, parfois même avant, les conseils municipaux se disent qu'ils doivent ériger un monument pour rendre hommage aux +morts pour la France+", raconte Mme Aubry.

L'Etat encourage cette pratique et subventionne à hauteur de 10% à 15% l'édification des monuments. Les communes financent le reste, en lançant des souscriptions publiques. La grande période de construction a lieu entre 1919 et 1924.

pcm/pjl/kat/sym

Envoyer une correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.