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07/07/2014 12:00 EDT | Actualisé 06/09/2014 05:12 EDT

Tour de France - Sur les pavés, la peur

Certains rêvent d'une prestigieuse victoire sur les pavés, les favoris veulent surtout ne pas y perdre de temps et d'autres simplement finir l'étape: les ambitions seront différentes mercredi dans le peloton du Tour de France mais le stress sera énorme pour tous.

Le dernier passage de la Grande Boucle sur les terres de Paris-Roubaix en 2010 a marqué les esprits. Frank Schleck y avait laissé ses ambitions, clavicule cassée dans une chute. Sylvain Chavanel, pourtant grand amateur de classiques, avait, lui, perdu son maillot jaune après une chute et deux crevaisons.

Un adage du cyclisme affirme qu'"on ne gagne pas le Tour sur les pavés, mais on peut le perdre". Alors pour anticiper toute mésaventure, les équipes n'ont rien laissé au hasard.

La plupart seront équipées d'un vélo adapté à ce terrain aussi rare que particulier. Dans l'équipe Trek, c'est le modèle avec lequel Fabian Cancellara a remporté son troisième Paris-Roubaix l'an dernier qui sera utilisé par tous les coureurs.

"C'est un vélo est un peu plus long. Sur des tracés comme Roubaix, les trajectoires sont plus rectilignes, on a moins à manier le vélo et un vélo plus long apporte plus de stabilité. Nous utilisons aussi des pneus de 27 millimètres (de large) au lieu de 22 ou 24 mm habituellement. Et nous avons aussi une technologie pour +amortir la route+", explique Jordan Ressingh, mécanicien de la formation luxembourgeoise.

Chez Cannondale, le fabricant de vélos VTT et de route qui équipe la formation éponyme, le vélo est conçu pour que le coureur soit dans une position légèrement plus relevée, "moins aérodynamique mais qui permet d'encaisser mieux les chocs et de le rendre plus prêt à réagir à des situations imprévisibles", explique Jonathan Geran, le responsable marketing.

- Rallye et Formule 1 -

Si ces améliorations technologiques apportent un certain confort, elles ne dispensent toutefois pas des fondamentaux de la conduite sur les pavés: rouler autant que possible sur le haut du pavé, où la chaussée est la moins abîmée, et laisser un espace avec le coureur devant soi pour pouvoir réagir en cas de chute ou d'obstacle inattendu.

Mais la grande incertitude reste la gestion tactique de cette étape. Les favoris pour le classement général voudront à tout prix éviter les cassures et les chutes quand d'autres, comme l'équipe Omega Pharma du dernier vainqueur de Paris-Roubaix, Niki Terpstra, viseront la victoire.

La lutte pour arriver dans le premier secteur pavé en tête de peloton (afin d'éviter tout retard en cas de chute) s'annonce très nerveuse, d'autant que de nombreux coureurs n'ont pas ou peu d'expérience de ce genre d'exercice.

"Il y a une moins bonne connaissance du terrain, notamment des favoris du Tour, et ça crée un stress supplémentaire", remarque le directeur sportif de la FDJ.fr, Marc Madiot.

"Au départ de Paris-Roubaix, les 200 gars savent pourquoi ils sont là, ce qu'ils vont faire. Au Tour de France, sur les 200, plus de la moitié ne sont pas des habitués du terrain. C'est comme si en rallye, on mettait la moitié de pilotes de Formule 1", ajoute le vainqueur de "l'Enfer du Nord" en 1985 et 1991.

"L'important, c'est l'amont des pavés, ajoute le double vainqueur Gilbert Duclos-Lassalle (1992, 1993). C'est là que le travail de reconnaissance est important. Il faut trouver des points de repères: une maison, un château d'eau, une église... A Troisvilles, par exemple, il y a un château d'eau à trois kilomètres. Quand vous le voyez, il faut être dans les dix premiers".

"Il faut qu'ils aient ces repères. Sinon les mecs vont rouler trente kilomètres avant, se battre et se mettre sous pression inutilement", estime-t-il.

"Il y aura plus de chaos dans l'approche des pavés que durant Paris-Roubaix, confirme Cancellara. C'est une étape courte (155,5 km), ça va rouler vite. Quand c'est sur un parcours plus long et plus dur, le peloton peut éclater avant. Là ce sera dense et nerveux".

Dans tous les camps, les plans sont prêts, mais chacun sait que les pavés réservent toujours leur lot d'imprévus. Et la pluie annoncée sur le Nord mercredi pourrait bien ne rien arranger.

sva/bm