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07/07/2014 07:18 EDT | Actualisé 06/09/2014 05:12 EDT

Mondial-2014 - A Rio, on évangélise les adorateurs du foot

Une foule bariolée de supporters s'adonne au rituel païen du Mondial: la fête sur la plage de Copacabana à Rio. Soudain un cri s'élève parmi l'assemblée des adorateurs du foot: "Alléluia! Jésus nous sauve!".

Une centaine d'évangélistes venus de banlieue et d'une favela surplombant le fameux quartier touristique se donnent la main en formant un cercle. Ils entament une prière ponctuée d'un "Gloire au seigneur!" et d'applaudissements, devant un cordon impassible de militaires de faction devant le luxueux Copacabana Palace, où loge l'état-major de la Fifa.

Ils brandissent des pancartes en anglais et en portugais: "Jésus est la solution pour toi!". Le groupe a pour mission de tirer profit de la Coupe du monde et de l'afflux de touristes du monde entier pour "évangéliser" le plus grand nombre.

"Nous allons prêcher la parole de Dieu et distribuer 10.000 dépliants. Nous sommes une église vivante et dynamique", clame à l'AFP le pasteur Paulo Solimar, de l'Assemblée de Dieu, qui officie dans la favela Cantagalo.

Ils vont également distribuer 15.000 petits livres bilingues intitulés: "Brésil, histoire, faits et curiosités du football". On y raconte des anecdotes sur le foot et les histoires de Pelé, Cristiano Ronaldo, Fabio Cannavaro et Lionel Messi.

Le livret termine sur un témoignage du joueur brésilien Kaka, évangéliste notoire comme l'attaquant vedette Neymar: "Le vrai sens de la victoire est d'avoir Jésus dans ma vie".

- 40 millions, dont Neymar -

La plupart affirment "ne pas rater un seul match du Brésil". "Je supporte à fond la Seleçao", souligne Ivanildo de Oliveira. Mais pas question de boire en regardant un match. L'alcool est interdit.

Le Brésil, pays comptant le plus de catholiques au monde (123 millions pour 200 millions d'habitants), connaît une croissance spectaculaire des églises évangéliques et néo-pentecôtistes.

Elles regroupent déjà plus de 40 millions de fidèles, dont l'attaquant vedette Neymar, avec une hausse de 61% en dix ans (de 2000 à 2010), selon l'Institut brésilien de géographie et statistiques (IBGE, public). Le nombre de fidèles de ces églises devrait dépasser celui des catholiques d'ici 2040.

Au parlement brésilien, les évangélistes déclarés constituent près de 15% des 513 députés.

Le pasteur Solimar attribue le succès de ces églises "à la faim spirituelle des gens et surtout des plus pauvres, qui souffrent et s'ouvrent plus à l'Evangile".

Ces églises attirent en effet beaucoup les populations les plus défavorisées, en leur promettant guérison et richesse.

Touristes et supporters regardent passer le cortège et acceptent les dépliants, de plus ou moins de bonne grâce.

"Je suis catholique, mais il est important d'apporter la parole de Dieu dans n'importe quelle religion", déclare à l'AFP Rosangela, une assistante sociale brésilienne de 40 ans, pour qui "ces églises sortent de nombreux jeunes de la drogue".

- Au temple de Maracana -

Zélia et Uieva, respectivement psychanalyste et psychologue, refusent le tract. "Je meurs de peur de la montée des évangélistes, de leur rigidité, leur morale qui est étouffante", déclare Uieva, sans religion. "Il y a un dogmatisme chez eux qui ne m'intéresse pas", renchérit Zélia.

De nombreuses églises néo-pentecôtistes sont accusées d'intolérance envers les homosexuels et de diaboliser les rites afro-brésiliens comme le Candomblé.

Une mendiante à qui l'on propose "l'aide de Jésus" en profite pour demander une "aide immédiate de 3 réais (un euro) pour prendre le bus". Mais elle repart bredouille. On lui recommande d'entrer en contact avec l'Assemblée de Dieu de son quartier.

Parmi le groupe, les plus jeunes viennent de familles évangéliques. Les autres ont une histoire qui les a conduits à "vouloir aider les autres".

"Je viens de la favela Penha où je faisais du trafic de drogue, je me prostituais. Je me sentais seul, vide", raconte Albertino, 29 ans.

"Il y a dix ans, le pasteur Marcelo m'a aidé à sortir de cette vie. Je veux sauver d'autres personnes", dit-il, aujourd'hui "marié et père de famille".

Le 12 juillet, veille de la finale du Mondial au Maracana à Rio, 1.200 évangélistes feront cercle autour de la cathédrale du football brésilien pour "envoyer un message de paix au monde".

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