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07/07/2014 11:04 EDT | Actualisé 06/09/2014 05:12 EDT

L'Union africaine presse les leaders sud-soudanais de négocier car la famine menace

Les deux camps en guerre au Soudan du Sud doivent reprendre les pourparlers de paix, actuellement bloqués, pour éviter de nouveaux morts dus aux combats et à la famine, a prévenu lundi l'Union africaine (UA).

"L'alternative aux pourparlers, pour eux, c'est de s'enfoncer à nouveau dans la violence, donc nous devons les encourager à continuer de négocier", a déclaré l'ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, chef de la commission d'enquête de l'UA sur les atrocités commises au Soudan du Sud.

Il a indiqué que deux charniers avaient été découverts au Soudan du Sud et que des informations avaient été recueillies sur d'autres charniers situés près des villes pétrolifères de Bentiu (nord-est) et Bor (est), dévastées par les combats, comme quasiment toutes les villes du pays.

Des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes ont déjà péri (aucun bilan précis n'existe) et plus de 1,5 million de civils ont été chassés de chez eux par les combats depuis le début du conflit, le 15 décembre.

Plus de 100.000 civils ayant fui les violences s'entassent dans des camps de l'ONU à travers le pays, où la mortalité due aux maladies et à la malnutrition a dépassé la cote d'alerte. Et le flot de déplacés ne tarit pas.

Les organisations humanitaires ont prévenu que le pays glisse vers la famine et que des Sud-Soudanais ont commencé à mourir de faim.

Ce qui a commencé comme une rivalité politique entre le président Salva Kiir et son ancien vice-président Riek Machar a rapidement dégénéré en conflit ethnique émaillé de massacres entre les peuples dinka de Kiir et nuer de Machar.

L'UA a constitué en mars une commission d'enquête sur les atrocités au Soudan du Sud, après des informations sur des violations généralisées des droits de l'Homme par les deux camps (massacres, enfants-soldats, viols...).

Les pourparlers de paix, qui se déroulent dans de luxueux hôtels de la capitale éthiopienne, Addis Abeba, n'ont fait quasiment aucun progrès et ont été suspendus jusqu'à nouvel ordre le mois dernier, les deux camps refusant de revenir s'asseoir à la même table.

"Ils doivent comprendre que le monde les regarde, que le monde ne va pas les attendre indéfiniment", a estimé M. Obasanjo.

L'Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), organisation est-africaine assurant la médiation, avait donné aux deux camps jusqu'au 11 août pour former un gouvernement provisoire d'union, délai qui ne sera vraisemblablement pas respecté, tandis que les combats continuent.

M. Obasanjo a prévenu les belligérants que jusqu'à ce qu'ils reprennent les discussions, "tout peut arriver, il peut y avoir une explosion (de violence) et cette explosion peut entraîner une réaction en chaîne".

Selon les organisations humanitaires, la famine menace des millions de personnes à court terme si des fonds ne sont pas débloqués par la communauté internationale. Mais l'ONU ne dispose pour l'instant que de 40% des fonds nécessaires pour l'aide humanitaire: il manque encore plus d'un milliard de dollars (760 millions d'euros).

La situation n'a jamais été aussi grave, même durant les deux décennies de guerre qui ont conduit en 2011 à l'indépendance du Soudan du Sud, avait averti la semaine dernière Médecins sans frontières (MSF).

Mercredi sera le troisième anniversaire de l'indépendance, soutenue à coup de milliards de dollars par les Etats-Unis.

Olusegun Obasanjo a appelé les leaders du pays à engager des réformes politiques et estimé que la justice était une première étape essentielle vers la réconciliation nationale.

"La première chose à faire pour réconcilier les gens est de s'assurer qu'il y a un élément de justice", a-t-il dit.

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