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07/07/2014 02:28 EDT | Actualisé 05/09/2014 05:12 EDT

L'Indonésie face à un choix crucial pour l'élection d'un nouveau président

L'Indonésie choisit mercredi un nouveau président pour diriger la troisième démocratie du monde à l'élection la plus cruciale depuis la chute du dictateur Suharto, qui s'annonce serrée entre le gouverneur de Jakarta Joko Widodo et son seul rival, un ex-général controversé.

Près de 190 millions d'électeurs sont appelés à voter dans les 17.000 îles et îlots de l'archipel pour choisir entre Joko Widodo, surnommé Jokowi, considéré comme le candidat qui poursuivra les réformes démocratiques de l'ère post-Suharto (1967-1998), et Prabowo Subianto, l'ancien gendre de Suharto qui fait craindre un retour à l'autoritarisme.

Cette élection est "importante" dans la mesure où elle va "indiquer si l'Indonésie va de l'avant ou amorce un retour en arrière", explique à l'AFP l'analyste politique indépendant Paul Rowland, basé dans ce pays d'Asie du Sud-Est.

Le vainqueur du scrutin succédera au président Susilo Bambang Yudhoyono qui ne peut pas se représenter après deux mandats de cinq ans, selon la Constitution.

Jokowi et Prabowo sont les seuls candidats à avoir obtenu le soutien de partis représentant au moins 20% des 560 sièges de la chambre basse du Parlement renouvelée en avril, seuil minimum pour participer à la présidentielle qui se déroulera de 07H00 à 13H00 locales (00H00 à 06H00 GMT).

Issu d'un milieu modeste, Jokowi, 53 ans, a connu une ascension fulgurante en politique après avoir transformé la ville de Solo dont il a été maire pendant sept ans. Ce qui lui a valu d'être propulsé en 2012 gouverneur de la capitale Jakarta où il a notamment introduit des cartes d'accès aux soins et à l'éducation pour les plus pauvres, dans un pays où près de la moitié de la population vit avec moins de deux dollars par jour.

- Lutte contre la pauvreté -

Jokowi a soulevé l'espoir d'une nouvelle classe de dirigeants politiques en Indonésie, qui reste gouvernée par une élite issue de l'époque de Suharto, renversé en 1998. Pendant des mois, il a été largement en tête dans les sondages face à Prabowo, 62 ans, qui a reconnu avoir enlevé des défenseurs de la démocratie à la fin de l'ère Suharto.

Mais au cours des dernières semaines, l'ex-général, un homme à poigne aux accents très nationalistes, a effectué une remontée spectaculaire dans les enquêtes d'opinion, certaines le donnant même gagnant ces derniers jours.

Ayant fait fortune après s'être reconverti dans les affaires, l'ex-général bénéficie du soutien de magnats de l'audiovisuel possédant des chaînes de télévision. Une campagne de dénigrement accusant notamment Jokowi de ne pas être un musulman -- dans le plus grand pays musulman au monde avec 250 millions d'habitants -- lui aurait fait perdre beaucoup de points.

Les programmes deux candidats sont très similaires. Ils ont mis en avant la lutte contre la corruption endémique et l'aide aux plus démunis. Mais "les électeurs se fient beaucoup à leur perception des candidats et à ce qu'ils ressentent", déclare à l'AFP Tobias Basuki, analyste du Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS).

- "Un homme du peuple" -

"Jokowi représente un style de dirigeant complètement nouveau, en dehors de ce qu'on appelle le cartel politique", alors que "Prabowo représente la stabilité et la sécurité dans l'esprit de certains électeurs", ainsi qu'une certaine "nostalgie" de l'ère Suharto, ajoute l'analyste.

En politique, l'Indonésie n'a jamais eu "un homme du peuple" comme Jokowi, ce qui explique que les électeurs sont très partagés entre l'enthousiasme des uns et l'incompréhension des autres, souligne M. Basuki.

Jokowi semble être le candidat préféré des marchés, Prabowo faisant craindre la fuite de nombre d'investisseurs étrangers, selon des experts.

Quelle que soit l'issue du scrutin, le vainqueur devra entreprendre des réformes impopulaires telles l'amélioration de la faible productivité de la main-d'oeuvre ou la réduction des coûteuses subventions d'Etat accordées pour l'essence dont le prix est l'un des plus bas de la région, en vue de relancer la première économie d'Asie du Sud-Est dont le rythme de croissance autour de 6% depuis une décennie a légèrement ralenti depuis un an.

Les premières estimations de sondages à la sortie des urnes seront publiées peu après la clôture des bureaux de vote.

bur-bfi/ros