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07/07/2014 10:37 EDT | Actualisé 06/09/2014 05:12 EDT

La procession s'arrête devant la maison du boss: enquête judiciaire

Le parquet anti-mafia de Reggio Calabria a annoncé lundi l'ouverture d'une enquête sur d'éventuelles connivences après qu'une procession religieuse s'est arrêtée mercredi devant la maison d'un boss mafieux, ce qui a provoqué un tollé.

L'affaire a fait grand bruit en Italie et notamment en Calabre où le pape a effectué il y a deux semaines une visite pendant laquelle il a annoncé l'excommunication des fidèles et des prêtres complices de la mafia locale, la Ndrangheta.

La direction anti-mafia (DDA) cherche à savoir pourquoi la procession de la Madonne des Grâces a fait un arrêt délibéré devant l'habitation d'un chef de la Ndrangheta, Peppe Mazzagatti, 82 ans, condamné à la détention à perpétuité mais assigné à résidence pour raisons de santé.

Les magistrats veulent déterminer notamment quel était le degré de connivence entre le boss et les porteurs de la statue de la Vierge, si l'arrêt était programmé ou s'il s'est agi d'une décision prise au dernier moment.

Le parquet s'appuiera sur les relevés et témoignages recueillis par les carabiniers d'Oppido Mamertina.

Selon des témoignages, le commandant des carabiniers participait à la procession mais est sorti du cortège dès qu'il a compris ce qu'il se passait.

Le maire Domenico Giannetta a annoncé que la mairie comptait être partie civile "s'il s'avérait que ce geste réitéré à plusieurs reprises ces dernières années visait vraiment à rendre hommage à la criminalité organisée".

Mgr Nunzio Galantino, l'évêque de Cassano all'Jonio, où le pape avait prononcé un discours très fort contre les mafias, a appelé à la prudence dans les critiques contre le prêtre qui dirigeait la procession.

"Je ne connais pas ce prêtre, ni son diocèse, mais de manière générale, je dis: +attention à ne pas accuser sans preuves+"; a dit l'évêque, à l'antenne de la télévision en continu TGcom24.

Il a souligné que "souvent dans les processions il y a des gens qui n'ont rien à voir avec l'Eglise" et que "parfois les prêtres ou évêques n'arrivent pas à gérer ces situations sans pour autant être de connivence".

Le président de la région de Calabre, Giuseppe Scopelliti, a affirmé toutefois que le problème de cette procession était connu et qu'il avait lui-même "alerté le préfet il y a deux ans".

Le pape François avait appelé le 21 juin les catholiques à "combattre" la puissante mafia de Calabre, la 'Ndrangheta, "excommuniée" parce qu'elle "méprise le bien commun", au cours de sa visite dans cette région défavorisée du Sud de l'Italie.

Devant 100.000 personnes rassemblées pour une messe, près de Cassano Jonio. Il avait estimé que "ceux qui dans leur vie ont choisi cette voie du mal, comme les mafieux, sont excommuniés".

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