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07/07/2014 11:41 EDT | Actualisé 06/09/2014 05:12 EDT

Aux rencontres économique d'Aix, la vision d'une France déphasée

Une France s'excluant de la mondialisation, rétive au changement, sclérosée par le principe de précaution, pessimiste mais convaincue de sa supériorité: c'est la vision qui a transparu dans les réflexions de nombre des entrepreneurs, politiques et intellectuels, aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence (sud).

Le "French bashing", c'est-à-dire les critiques venues de l'extérieur, tout comme l'autoflagellation n'ont pas manqué lors des différentes rencontres de ce rendez-vous international, accueilli chaque année sous le soleil d'Aix-en-Provence, dans le sud de la France.

Quelque 200 économistes renommés, hommes et femmes politiques, patrons de grandes entreprises du monde entier ont planché cette année sur le ralentissement de l'investissement dans le monde.

Les Français, crispés sur leur modèle social et éducatif, sur leurs conflits internes, persuadés que le monde entier est en crise depuis des décennies, seraient, selon les témoignages entendus à Aix, sourds tant aux difficultés des autres qu'aux progrès réalisés ailleurs et dilapideraient ainsi leurs propres atouts, bien réels.

"L'ailleurs est fertile: nous n'avons pas le monopole des problèmes et nous n'avons pas non plus le monopole des solutions et, quand vous revenez du Bangladesh, que vous arrivez à Roissy et qu'il y a grève des taxis et grève du train, vous avez quand même envie de filer un certain nombre de coups de pied au cul", a asséné dans un langage fleuri l'académicien et romancier Erik Orsenna.

Les hommes politiques en ont aussi pris pour leur grade, se voyant proposer un "Erasmus pour élus": deux ans à l'étranger "pour apprendre le monde".

"Nous nous provincialisons et nous nous rendons compte que le modèle français que nos dirigeants portent aux nues n'a plus la même aura qu'autrefois. Pour nous la mondialisation c'est forcément le diable, c'est l'irruption du monde extérieur sur la scène nationale et ce monde extérieur nous ne le supportons plus", a résumé l'écrivain et essayiste Pascal Bruckner.

- Redémarrer la France -

"C'est dommage parce que la mondialisation on en a besoin et, parmi les choses qui pourraient faire redémarrer la France, il y a le fait de reconnaître que la mondialisation existe et qu'au lieu de s'appuyer sur nos faiblesses, il faut nous appuyer sur nos forces et nous en avons plein", lui a fait écho le PDG du géant pétrolier Total, Christophe de Margerie.

"Les choses iraient sans doute mieux si on ne culpabilisait pas les Français sur la volonté de certains d'entre eux de gagner de l'argent", a suggéré M. Bruckner.

Une volonté qui devrait être encouragée quand elle est tournée vers les secteurs d'avenir plus que la pierre, leur investissement chéri. Il faut "avantager sur le plan fiscal clairement la prise de risque par rapport à la rente", a estimé Louis Gallois, ancien commissaire à l'investissement, "c'est exactement l'inverse de ce que fait la France depuis 40 ans".

Une peur du risque ancrée dans les institutions, selon une autre critique venue cette fois d'Europe de l'Est.

"La France est le seul pays du monde qui a inscrit le principe de précaution dans sa Constitution", a lancé l'ex-ministre serbe des Finances, Bozidar Delic, parfait francophone formé à la prestigieuse école de commerce française HEC et à l'université américaine Harvard.

Et de raconter sa participation aux premières mesures de la transition polonaise du début des années 1990 après 40 années de communisme, en particulier la signature du décret de libéralisation des prix par le ministre des Finances Leszek Balcerowicz, père de la "thérapie de choc".

"Tous les conseillers que la France lui a envoyés lui ont dit +non, il va y avoir une guerre civile, on ne sait pas, il faut attendre encore dix ans+", a-t-il raconté en déclenchant des rires. "Je maintiens qu'aujourd'hui, si la Pologne est le succès qu'elle est, c'est parce que ce vendredi après-midi, Leszek Balcerowicz n'a pas suivi le principe de précaution", comme le font "à la lettre" les "décisionnaires français".

Plus cinglant encore l'ancien économiste en chef du FMI, l'Américain Kenneth Rogoff, pour qui, en matière de réformes, la France en est à "ground zero", terme signifiant le niveau zéro mais aussi l'endroit au sol où s'est produite une explosion.

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