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07/07/2014 11:22 EDT | Actualisé 06/09/2014 05:12 EDT

Afghanistan: Ghani, un "esprit libre" au tempérament impétueux

Ashraf Ghani, qui devance son adversaire Abdullah Abdullah selon les premiers résultats publiés lundi, est un universitaire et économiste internationalement respecté au tempérament impétueux, qui se décrit lui-même comme un "esprit libre".

Parti d'Afghanistan en 1977, Ashraf Ghani n'y est revenu s'installer que 24 ans plus tard, après la chute des talibans fin 2001, pour participer à la reconstruction du pays, dont il deviendra ministre des Finances.

Pour se lancer cette année dans la course à la présidentielle, il a démissionné de ses fonctions de chef du Comité de transition, une institution gouvernementale chargée de superviser la transition démocratique en Afghanistan.

Ce Pachtoune de 65 ans a aussi utilisé plus fréquemment son nom tribal, Ahmadzaï, et à coiffer le turban, pour rassurer son électorat du Sud et de l'Est, bastions de cette large ethnie dont sont également issus les rebelles talibans.

Âgé de 65 ans, ce petit homme dégarni au caractère bien trempé était arrivé en quatrième position au premier tour de l'élection de 2009, avec un décevant 2,94% des voix.

Mais contrairement au précédent scrutin, où il était apparu effacé, sans doute par manque d'expérience, M. Ghani a mené cette fois sa campagne tambour battant, en prononçant des discours enflammés lors de grands rassemblements populaires.

La voix éraillée, accompagnée de grands mouvements des bras, ce grand orateur au style pour le moins expressif captive facilement son auditoire, alternant tirades colériques et plaisanteries.

Avec 31,6% des voix au premier tour, l'écart qui le séparait de son adversaire (plus de 13 points) était considérable et faisait de M. Abdullah le favori pour remplacer le président Hamid Karzaï qui dirige le pays depuis la chute des talibans en 2001.

- un 'esprit libre' -

Accusé d'avoir bénéficié de nombreux votes frauduleux au lendemain du second tour, M. Ghani est d'abord resté silencieux pendant plusieurs jours. Puis, fidèle à sa réputation, il a contre-attaqué avec pugnacité. "Tout vote frauduleux pour moi, je le rejetterai. Mon estimé collègue le Dr Abdullah fera-t-il de même?", a-t-il lancé récemment.

Ni ancien chef de guerre ni homme politique de métier, M. Ghani, diplômé de la prestigieuse université new-yorkaise de Columbia, a été cadre à la Banque mondiale et a enseigné l'économie dans les universités américaines de Berkeley et Johns Hopkins. Après son retour en Afghanistan, il a été ministre des Finances du président Karzaï entre 2002 et 2004.

Lors de la campagne de cette année, M. Ghani a suscité la polémique en choisissant comme colistier le très controversé Abdul Rachid Dostom, chef de guerre du nord accusé d'avoir fait massacrer de centaines de prisonniers talibans en 2001.

Les relations avec Washington promettent d'être bonne sous une présidence Ghani, d'autant que le candidat a indiqué qu'il signerait, s'il est élu, l'accord de sécurité avec les États-Unis dès la première semaine de son mandat.

Ashraf Ghani cultive une certaine indépendance d'esprit, notamment face à la fonction présidentielle. Lors d'une récente interview, il a dit à l'AFP qu'il se vivrait pas "reclus" au palais présidentielle s'il était élu.

"J'ai l'intention de voyager", a-t-il affirmé avant d'ajouter: "Je suis un esprit libre je ne peux rester enfermé dans un palais".

Si le chef de l'Etat afghan est tenu de vivre au palais présidentiel, il a l'intention de garder sa maison de Kaboul. "Mon jardin commence juste à donner des fruits et des légumes et j'espère pouvoir en profiter", a-t-il dit.

Marié, père deux enfants, Ashraf Ghani a survécu à un cancer de l'estomac. Philosophe, le candidat a indiqué récemment qu'en cas de défaite, il tâcherait de terminer les six manuscrits de livre sur lesquels il travaille.

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