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05/07/2014 05:00 EDT | Actualisé 03/09/2014 05:12 EDT

Un projet de bed & breakfast à Lac-Mégantic dépend du prochain plan d'urbanisme

LAC-MÉGANTIC, Qc - «Je ne savais pas trop comment j'allais vivre ce premier anniversaire, mais là...».

Daniel Hervieux cherche ses mots. Une peintre de Sherbrooke vient de débarquer sans crier gare devant sa maison patrimoniale de Lac-Mégantic, dont il est copropriétaire avec sa conjointe et une amie, pour leur faire don d'une toile représentant la demeure victorienne bâtie il y a plus de 100 ans.

L'artiste Lucille Duhaime a peint ce tableau à partir d'une photo qu'elle a prise le 6 juillet 2013, lorsque le soleil s'est levé après une nuit d'horreur dont les séquelles se feront sentir pendant des années dans la petite municipalité de 6000 âmes.

Ce jour-là, le temps s'est arrêté pour Daniel Hervieux, sa conjointe Manon Bouchard et leur amie Édith Langlois, qui s'échinaient depuis environ neuf ans sur la demeure érigée en 1907 pour la transformer en bed & breakfast.

Les trois complices originaires de la grande région de Montréal avaient tout laissé tomber pour réaliser leur rêve: emploi, famille, cotisations REER, alouette. Ils disent avoir investi entre 150 000 $ et 200 000 $, et ce, sans compter les multiples heures consacrées à retaper la place.

Dans un esprit on ne peut plus coopératif, ils s'organisaient pour occuper, à eux trois, l'équivalent «d'un emploi et demi».

Mme Bouchard, qui travaillait à L'Eau Berge — établissement sis dans la zone rouge — a perdu son emploi; alors, son conjoint a dû accepter un travail à temps partiel chez Postes Canada pour regarnir les coffres.

La vie a réservé au trio des surprises ces derniers mois. Ils se demandent maintenant ce que l'avenir leur promet.

Car cet avenir, justement, était prometteur: Lac-Mégantic avait élaboré un parcours historique et patrimonial dont faisait partie la demeure, qui fut la résidence de Joseph-Arthur Millette, le premier médecin canadien-français à s'installer dans la petite localité.

Le problème, c'est que la maison est située à un jet de pierre de la voie ferrée où le drame est survenu. Ainsi, la pérennité de leur projet est intimement liée à ce que les autorités de la ville adopteront comme plan d'urbanisme.

«Qu'est-ce qu'on va venir construire à côté de chez nous? On s'en va vers quelque chose de très urbain, des boîtes carrées. C'est très à la mode, mais on ne se reconnaît pas là-dedans. Et ça, on trouve ça triste», soupire Daniel Hervieux.

Sa comparse opine du bonnet. «Il n'y a pas d'intérêt pour nous; c'est loin d'être charmant», se désole Édith Langlois, disant craindre un développement qui a davantage à voir avec la banlieue qu'avec un lieu de villégiature comme Lac-Mégantic.

L'incertitude les tenaille depuis que les autorités leur ont finalement donné la permission de réintégrer le domicile, le 1er août dernier — pendant des semaines, la maison a été dissimulée derrière la barrière qui avait été érigée autour de la zone rouge.

«Quand on est revenus, on était 'gelés' (...) Ça a été très difficile. Ça ne nous tentait plus, on était déprimés, on avait envie de rien», laisse tomber Élise Langlois.

Faut-il tout abandonner et planter une pancarte «À vendre» devant la demeure beige et bleue? Se relever les manches et espérer accueillir des touristes dans un avenir rapproché? Changer de stratégie et ouvrir un salon de thé ou une confiserie?

D'un jour à l'autre, les réponses à ces questions varient, souligne Manon Bouchard. «Il y a un moratoire sur les décisions!», lance-t-elle en riant.

Les travaux continuent néanmoins à progresser. Lors du passage de La Presse Canadienne, vendredi, deux échafaudages étaient toujours en place dans la cour arrière, et les moulures étaient fraîchement décapées.

«Moi, ce qui me tient, c'est de continuer les travaux. De me dire qu'au moins, je m'accroche à ça. Alors j'y vais, peu importe ce qui va arriver», reconnaît M. Hervieux.

Le trio attend notamment de voir ce qu'il adviendra du projet de voie de contournement et de la place qui sera accordée au patrimoine bâti dans le futur plan d'urbanisme.

Ils ont pour leur part réservé une place de choix pour la toile qui leur a été offerte vendredi: dans l'entrée, où ils accueilleront peut-être un jour des clients, que ce soit à titre de confiseurs ou d'aubergistes.