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05/07/2014 04:46 EDT | Actualisé 03/09/2014 05:12 EDT

Pour son entrée au musée, l'artiste urbain Vhils dissèque une voiture de métro

L'artiste portugais Alexandre Farto, plus connu à travers le monde de l'art urbain sous le nom de Vhils, poursuit sa réflexion sur les villes contemporaines en dépeçant une voiture de métro suspendue au plafond du monumental Musée de l'électricité à Lisbonne.

La blancheur de chacune des pièces de la voiture donne à l'ensemble un air de vaisseau spatial figé au moment de son assemblage, ou de sa désintégration.

"Le métro représente la ville que l'on voudrait disséquer comme dans une autopsie, pour trouver l'origine de la maladie qui a provoqué la mort de ce corps", explique l'artiste de 27 ans en invitant le spectateur à se coucher par terre sous ces 4,5 tonnes de métal. Vu de cette perspective, le train semble plonger à une vitesse vertigineuse.

Cette oeuvre est le point culminant du premier projet muséal individuel présenté par Vhils, rendu célèbre par les visages démesurés au regard absent qu'il a sculptés, y compris au marteau-piqueur, sur les murs de Lisbonne, Londres, Paris, Rio ou Shanghai.

Intitulée "Dissection", l'exposition s'est ouverte samedi au public, qui pourra la découvrir jusqu'au 5 octobre dans cette ancienne centrale électrique en brique rouge, vestige imposant de l'ère industrielle érigé au début du siècle dernier au bord du fleuve Tage.

- Gratte-ciels en polystyrène -

L'exposition commence dans un tunnel obscur éclairé seulement par des écrans filtrés par des sortes de masques en vinyle dessinant des visages. Une composition sonore chaotique complète l'ambiance, puis quelques mots inscrits sur les murs: "pour toujours", "rien ne perdure".

L'idée était de "répliquer la pression que l'on ressent dans les environnements urbains, avec des bruits et des images aléatoires" avant de libérer le visiteur dans un tout autre univers, fait d'espace et de lumière.

La maquette d'une ville imaginaire s'élève alors sous la forme d'une multitude de gratte-ciels en polystyrène. Il faut grimper sur un échafaudage pour que cette "skyline" se mue grâce au jeu de lumière et de perspective afin de révéler trois visages humains.

"Les villes nous façonnent davantage que nous ne les façonnons. C'est ce déséquilibre qui pose problème", commente Vhils, vêtu d'un t-shirt et d'un jean noirs tachés de peinture.

Au centre des quelque 1.500 mètres carrés qu'occupe l'exposition, on entre dans plusieurs structures cubiques blanches pour trouver un aperçu des différents matériaux et techniques employés par l'artiste.

Sur métal, sur l'épaisseur de plusieurs couches d'affiches arrachées aux murs de la ville ou sur le bois de portes récupérées ici et là, un travail à la main ou un ponçage au laser font apparaître ces visages omniprésents, mystérieusement neutres.

- Explosions au ralenti -

"Ce sont des regards de réflexion, qui expriment aussi une certaine apathie face à ce qui se passe autour de nous, la façon dont nous acceptons ce qui nous arrive", décrypte Alexandre Farto.

Dans une des salles, des images au ralenti montrent des explosions creusant des mots à même les murs de différents bâtiments sur le site d'un emblématique chantier naval de la région de Lisbonne, désaffecté depuis une quinzaine d'années.

C'est tout près de là, dans la banlieue de la rive sud du Tage, qu'est né Vhils, alter ego créé par un adolescent qui se mettait au graffiti.

Recalé à l'Ecole des Beaux-Arts de Lisbonne, il étudié au renommé Central Saint Martins College of Art and Design de Londres, ville où il a pu se faire connaître sur la scène de l'art urbain en participant en 2008 au Cans Festival du très célèbre Banksy.

Plus récemment, Vhils a signé le dernier clip du groupe de musique électronique Buraka Som Sistema, autre succès international ayant germé dans les banlieues lisboètes.

Au musée comme dans la rue, Alexandre Farto continue à élargir ses horizons en refusant qu'on lui colle l'étiquette "street artist" qui, selon lui, "ne sert qu'à ranger les gens dans un coin".

tsc/ml