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05/07/2014 08:05 EDT | Actualisé 04/09/2014 05:12 EDT

Le Festival d'Avignon ouvre enfin avec "Le Prince de Hombourg" dans la Cour d'honneur

La première du "Prince de Hombourg" dans la Cour d'honneur du Palais des Papes a donné symboliquement samedi le coup d'envoi du 68e Festival d'Avignon, avec un jour de retard dû à la grève des artistes et techniciens en soutien aux intermittents du spectacle.

Le Festival d'Avignon est la manifestation culturelle la plus emblématique de l'été en France et draine chaque année des dizaines de milliers de visiteurs français et étrangers. La 68e édition intervient sur fond de mouvement de contestation des "intermittents", du nom du régime spécial des artistes et techniciens. Les grévistes s'opposent à la nouvelle convention d'assurance chômage qui durcit leurs conditions d'indemnisation.

Après un vendredi morose marqué par la pluie et l'annulation des deux spectacles inauguraux, Avignon a retrouvé samedi matin toute son animation, avec les parades festives du "Off", leurs mimes, comédiens, musiciens et acrobates.

Quelques heures plus tard, le "In" levait le rideau à son tour, avec pas moins de 4 premières dans la soirée, sans aucune anicroche mais accompagnées à chaque fois d'une courte intervention des équipes en faveur du régime de chômage spécifique des intermittents et contre la nouvelle convention chômage.

Le retour du "Prince de Hombourg" dans la Cour d'honneur est sans doute la première la plus emblématique. La pièce du poète romantique allemand Heinrich von Kleist (1777-1811), créée en 1951 dans la Cour d'honneur par le fondateur du festival Jean Vilar avec Gérard Philipe et Jeanne Moreau n'y a pas été jouée depuis 1954.

Olivier Py, premier artiste à la tête du festival depuis Jean Vilar, a souhaité cet hommage à un théâtre à la fois poétique et populaire. L'Italien Giorgio Barberio Corsetti, s'il a retenu le pari vilarien du texte avant tout, avec un plateau presque nu, s'est adjoint les moyens modernes de la vidéo pour recréer la magie du texte romantique. La chevauchée du prince sur un cheval fantastique dessiné grâce à la vidéo sur la façade du Palais des Papes restera dans les mémoires.

Chacun croise les doigts à Avignon sur la suite du festival, après le coup de semonce de vendredi qui a vu tous les spectacles annulés, les équipes ayant décidé de suivre le mot d'ordre national de grève de la CGT Spectacle.

- Deux autres appels à la grève -

Cette dernière avait appelé à un arrêt de travail "massif" pour dénoncer la nouvelle convention chômage, qui durcit les conditions d'indemnisation des intermittents du spectacle.

Samedi, le théâtre sous toutes ses formes avait repris ses droits. "Meilleure pièce d'Europe!" clamait un comédien, "Ionesco version tango!" promettait l'autre, parmi plusieurs dizaines d'artistes vantant les mérites de leur spectacle dans les rues.

"Orlando ou l'Impatience", la création d'Olivier Py, dont c'est la première année à la tête du festival, était aussi donnée samedi soir, ainsi que "Coup fatal", un ballet d'Alain Platel avec des musiciens de Kinshasa et "The Humans", du Franco-américain Alexander Singh.

Le collectif représentant le personnel du festival a souligné qu'aucune autre grève n'était prévue à ce stade. Mais la Coordination des intermittents et précaires (CIP) a appelé à une grève le 7 juillet dans le "Off", et la CGT Spectacle le 12.

Olivier Py, qui a martelé son intention de n'annuler le festival à aucun prix, s'est déclaré respectueux du droit de grève, tout en rappelant que "le combat des intermittents doit rester dans un cadre légal".

Samedi, la ministre de la Culture Aurélie Filippetti, a réagi à des perturbations au festival Renaissances de Bar-le-Duc (Meuse), dont des actes de vandalisme contre le local du Parti socialiste, en condamnant "fermement ces actes comme toutes les tentatives pour instrumentaliser le mouvement des intermittents à d'autres fins".

Le Festival d'Avignon (4 au 27 juillet) et le "Off", avec ses 1.307 spectacles et 1.083 compagnies en marge du festival officiel, drainent chaque année des dizaines de milliers de visiteurs français et étrangers.

Lors de la précédente crise des intermittents en 2003, l'annulation du Festival d'Avignon avait entraîné plus de 23 millions d'euros de pertes pour la ville et avait privé le "Off" d'une partie de son public.

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