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05/07/2014 12:13 EDT | Actualisé 04/09/2014 05:12 EDT

Depuis l'Irak, le chef de l'EI appelle tous les musulmans à lui obéir

Le chef d'un groupe jihadiste ultra-radical a appelé tous les musulmans à lui "obéir" lors d'un prêche dans la ville irakienne de Mossoul conquise par ses combattants, sa première apparition dans une vidéo mise en ligne samedi.

Ce développement est survenu alors que l'Irak, cible d'une offensive militaire jihadiste, s'enfonce dans la crise à trois jours d'une nouvelle séance de son Parlement, le Premier ministre chiite Nouri al-Maliki, très contesté, insistant pour rester en poste.

Ce sont les hommes d'Abou Bakr Al-Baghdadi, le chef de l'Etat islamique (EI), aidés de tribus et d'anciens officiers de l'ex-président sunnite Saddam Hussein, qui se sont emparés de larges pans de territoires en Irak depuis le lancement de leur offensive le 9 juin.

Selon la vidéo diffusée sur des sites jihadistes et qui n'a pu être authentifiée, Baghdadi s'est exprimé lors d'un prêche vendredi dans la grande mosquée de Mossoul, deuxième ville d'Irak.

Il s'agit d'un changement significatif de tactique, cet homme, classé "terroriste" par les Etats-Unis, ayant pendant des années opéré dans l'ombre, très peu de détails ayant filtré sur sa personnalité, son physique et sur l'endroit où il se trouve.

Le 29 juin, son groupe proclame l'établissement d'un califat islamique sur les territoires conquis en Irak et en Syrie voisine, où il est engagé dans la guerre, avant de désigner Baghdadi "calife" et donc "chef des musulmans partout" dans le monde.

"Je suis le Wali (leader) désigné pour vous diriger, mais je ne suis pas meilleur que vous; si vous pensez que j'ai raison, aidez-moi et si vous pensez que j'ai tort conseillez-moi et mettez-moi sur le droit chemin", a dit dans son prêche Abou Bakr Al-Baghdadi, qui portait une longue barbe, une abaya et un turban noirs.

"Obéissez-moi tant que vous obéissez à Dieu en vous", a lancé le chef jihadiste, né en 1971 dans la ville irakienne de Samarra.

- Violation de la charia -

Le califat est un régime politique hérité du temps du prophète Mahomet, mais il a disparu avec le démantèlement de l'Empire ottoman dans les années 1920. Le calife est littéralement le successeur du prophète pour faire appliquer la loi en terre d'islam.

Samedi, l'influent prédicateur qatari Youssef Al-Qaradaoui, considéré comme l'éminence grise des Frères musulmans, a affirmé que l'établissement d'un califat par "un groupe connu par ses atrocités et ses vues radicales ne sert pas le projet islamique".

Selon lui, le titre du calife doit être "accordé par la nation musulmane entière" et ne peut être usurpé par un groupe.

Dans la région de Mossoul, à plus de 350 km au nord de Bagdad, les jihadistes ont démoli au nom de la lutte contre "les idoles" des sanctuaires sunnites, soufis et chiites et occupaient deux cathédrales orthodoxes, selon des habitants et des photos diffusées par l'EI.

L'EI a été rejeté par les autres groupes rebelles syriens en raison de ses exactions, notamment des exécutions sommaires de civils, et de sa volonté d'hégémonie.

Outre Mossoul, l'EI, à la faveur de son offensive en Irak, s'est emparé aussi d'une grande partie de sa province Ninive, ainsi que de régions dans les provinces de Diyala (est), Salaheddine (nord) et Kirkouk (ouest). Il contrôlait déjà depuis janvier des régions de la province d'Al-Anbar (ouest).

Les forces irakiennes peinent à reprendre du terrain, piétinant en particulier dans leur contre-offensive sur Tikrit, ancien fief de Saddam Hussein (nord).

Selon l'agence officielle iranienne Irna, un pilote iranien a été tué en "défendant" des lieux saints chiites à Samarra, alors que Téhéran affirme ne pas vouloir envoyer de troupes aider l'armée irakienne.

- Impasse sur le plan politique -

Bagdad a reçu dix avions Sukhoi, annoncés comme venant de Russie mais dont certains pourraient en fait venir d'Iran selon des experts.

Sur le plan politique, la situation semblait dans l'impasse alors que le pays est dans l'attente d'un nouveau président et gouvernement.

M. Maliki, au pouvoir depuis 2006, a assuré vendredi qu'il ne renoncerait "jamais" à présenter sa candidature pour être reconduit dans son poste.

Si son bloc est arrivé en tête des législatives du 30 avril, son autoritarisme et son choix de marginaliser pendant des années les minorités sunnites et kurdes limitent ses capacités de rassemblement.

Il garde néanmoins le soutien de nombreux Irakiens, essentiellement chiites, d'autant qu'aucune figure susceptible de rassembler ne se détache dans la classe politique.

Après une séance inaugurale catastrophique marquée par des insultes le 1er juillet, le nouveau Parlement doit se réunir mardi pour se choisir un président, puis élire un président de la République chargé de désigner le prochain Premier ministre.

Le pays est menacé d'implosion avec la décision du président du Kurdistan irakien Massoud Barzani d'organiser un référendum en vue de l'indépendance.

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