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03/07/2014 11:31 EDT | Actualisé 02/09/2014 05:12 EDT

Révolution sociale en Allemagne : les députés votent un salaire minimum

Les députés allemands ont entériné une petite révolution en adoptant jeudi à une écrasante majorité le principe du salaire minimum, mesure phare d'un gouvernement Merkel III se voulant plus social, qui a toutefois été assortie d'exceptions.

Condition majeure posée par le parti social-démocrate (SPD) pour former une coalition gouvernementale avec les conservateurs d'Angela Merkel après les législatives de septembre 2013, l'instauration à compter de 2015 d'un salaire plancher de 8,50 euros bruts de l'heure a été adoptée par 535 députés du Bundestag (la chambre basse du Parlement allemand), sur 601 suffrages exprimés.

"Ce que nous décidons aujourd'hui est d'une signification exceptionnelle pour des millions de travailleurs et de travailleuses de ce pays, qui vont enfin recevoir un salaire décent", a déclaré le maître d'oeuvre de ce projet, la ministre du Travail sociale-démocrate Andrea Nahles.

"Maintenant, il (le salaire minimum) est décidé, nous devons le mettre en oeuvre", a commenté laconiquement quelques heures plus tard Mme Merkel, évoquant "un compromis douloureux". Mais "neuf Allemands sur dix veulent un salaire minimum", a-t-elle reconnu.

Selon les estimations du SPD, quatre millions de salariés, sur les 42 millions d'actifs que compte l'Allemagne, devraient voir gonfler leur fiche de paie au 1er janvier 2015, quand le salaire minimum s'appliquera aux secteurs non régis par un accord de branche, et un million de plus en 2017, quand il s'étendra à tous.

Le vice-chancelier Sigmar Gabriel a parlé, à l'agence de presse DPA, d'un "jour historique pour l'Allemagne", qui rejoint les rangs des 21 autres pays du Vieux continent déjà dotés d'un salaire minimum.

Et le puissant syndicat de la métallurgie IG Metall a salué "enfin une limite au dumping salarial", dans un pays où le secteur des bas salaires a connu un essor significatif ces dernières années.

- Nombreuses exceptions -

De nombreuses exceptions ont été introduites, comme pour les apprentis en formation, les chômeurs de longue durée pendant six mois ou les livreurs de journaux et les saisonniers agricoles, ajoutés à la liste peu avant le vote. Ces dérogations ont été négociées pied à pied afin d'assurer le soutien le plus large possible au projet de loi, que nombre de conservateurs ont accepté du bout des lèvres, Mme Merkel la première.

Dans l'opposition, ces exceptions et le niveau de départ du salaire minimum ont été l'objet de nombreuses critiques. Le député d'extrême gauche Klaus Ernst a jugé "d'urgence nécessaire un salaire minimum sans exceptions", dans un discours ayant précédé le vote, tandis que la députée verte Brigitte Pothmer demandait un système "meilleur, plus complet et plus juste".

Au final toutefois, les Verts ont voté pour, tandis que Die Linke, à l'extrême gauche, s'est abstenue. Dans le parti de Mme Merkel, cinq députés ont dit "non" et deux se sont abstenus.

Du côté des employeurs, la fédération de Bavière (sud) a estimé que ce plébiscite parlementaire ne marquait "pas une bonne journée pour l'Allemagne" et pronostique "des conséquences imprévisibles sur la croissance et l'emploi".

Mme Merkel elle-même a reconnu des effets négatifs potentiels sur l'emploi dans le secteur des services et dans l'ex-RDA dont elle est originaire, et où les salaires sont toujours nettement inférieurs à ceux de l'Ouest.

Fixé au départ à 8,50 euros bruts de l'heure, un niveau dans la moyenne des autres pays développés, le salaire minimum national allemand sera réévalué par une commission dédiée et composée de représentants des entreprises et des syndicats, "et non par les politiques", a insisté Mme Nahles.

La réévaluation, possible à partir de 2017, ne se fera toutefois que tous les deux ans, autre concession de dernière minute au camp conservateur faisant grincer des dents à gauche.

Dernière étape dans le processus parlementaire, le projet de loi doit encore être voté par la chambre haute du Parlement allemand, le Bundesrat, le 11 juillet, ce qui devrait relever de la simple formalité.

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