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03/07/2014 10:47 EDT | Actualisé 02/09/2014 05:12 EDT

Mondial-2014 - Au match des économies, l'Allemagne gagne-t-elle toujours à la fin?

Sur le papier, en économie comme au football, l'Allemagne part favorite dans le match contre la France. Mais, après des années de crise, la France pourrait-elle créer la surprise?

Plusieurs économistes, français et allemands, interrogés par l'AFP soulignent en effet combien, qu'il s'agisse de ballon rond ou de Produit intérieur brut, il peut être risqué de parier sur celui à l'apparence la plus robuste.

"Le match sera très serré", pronostique Ludovic Subran, économiste en chef chez l'assureur-crédit Euler-Hermes. Dans le détail, il départage presque équitablement les points forts et les points faibles des deux équipes.

L'Allemagne dispose d'un "capitaine" de poids: sa croissance, plus coriace puisqu'elle affiche "une de ses meilleures performances en dix ans (+1,7% prévus en 2014) alors que la France déclare forfait en entamant sa troisième année consécutive à moins de 1%". Elle écrase aussi la France de toute la hauteur de son taux d'emploi (72,8%), sans rapport avec celui de l'Hexagone (64%).

La comparaison avec le ballon rond est tentante: vendredi en quarts de finale de la Coupe du monde, l'Allemagne alignera au Maracana de Rio l'effectif qui a marqué le plus de buts sous le maillot de sa Nationalmannschaft: 218 buts pour les joueurs de Joachim Löw, record de la compétition; les Bleus de Didier Deschamps n'en totalisent que 46.

Mais, si les deux équipes de foot affichent des moyennes d'âge comparables, il n'en va pas de même pour leurs pays. L'Allemagne vieillissante peut jalouser la natalité dynamique de la France.

Qui plus est, souligne Ludovic Subran, "la France peut compter sur des joueurs de talent, alliant technicité, vitesse et innovation", ses diplômés du supérieur bien plus nombreux que les Allemands, "un atout de taille pour contrôler des segments de pointe, à forte valeur ajoutée",

"En termes économiques, la France gagne à coup sûr en créativité et en style", confirme Carsten Bzerski, économiste chez ING. Mais il estime que "l'Allemagne l'emporte en fiabilité et en organisation", en économie comme en foot puisque "son équipe joue davantage la sécurité que l'inventivité".

- Tirs au but -

Il cite l'exemple de Thomas Müller, l'une des vedettes offensives de la Mannschaft: "on peut le comparer aux voitures allemandes: il n'est pas très hype, n'a ni tatouages ni tablettes de chocolat et pourtant c'est un buteur hors-pair".

La métaphore s'arrête là: "les exportations françaises n'arrivent pas à la cheville de Karim Benzema", l'attaquant vedette des Bleus, s'amuse l'économiste allemand.

D'ailleurs l'équipe de France, économique et footeuse, n'est pas à une contradiction près.

Ainsi, démontre Frédérik Ducrozet, économiste au Crédit Agricole, "les Bleus ont été chanceux, en évitant quelques expulsions, et efficaces en attaque, ils semblent atteints d'une certaine forme de confiance, de sérénité, d'organisation et de vision du jeu aux antipodes de l'image de l'économie française".

Il encourage la France à "consolider le changement de cap amorcé, en osant plus, en ayant confiance en ses atouts individuels indéniables, quitte à froisser certaines susceptibilités d'un autre temps". Et prévient l'Allemagne de "ne pas s'asseoir sur ses acquis au risque de se faire concurrencer par d'autres pays exportateurs".

Reste que "l'économie française n'a pas la culture de la gagne", note Christian Schulz, économiste de la banque Berenberg. La faute, selon ce spécialiste allemand, à "un entraîneur bien trop omniprésent, l'Etat, qui étouffe l'inventivité de son équipe".

Pourtant, objecte Carsten Bzerski, "Didier Deschamps a réussi ce que François Hollande a bien du mal à commencer: faire des réformes sans faire la révolution".

Finalement, observe Ludovic Subran, "le rôle des gardiens sera plus que jamais déterminant" et la probabilité est très forte d'un match nul, soldé aux tirs aux buts, comme lors de la mythique demi-finale du Mondial 1982.

Interrogé jeudi sur son pronostic sportif, l'arbitre en chef de la zone euro, le président italien de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi, a refusé de s'avancer.

"Les deux économies sont très différentes mais, à la différence du foot, c'est ensemble qu'elles seront les plus efficaces en Europe", résume Frédérik Ducrozet.

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