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03/07/2014 05:09 EDT | Actualisé 02/09/2014 05:12 EDT

Le moteur de recherche Google est accusé de censure de la presse en Europe

BRUXELLES - Le retrait par Google de résultats de recherches en ligne, en Europe, a valu au moteur de recherche des accusations de censure de la presse, alors que des articles de certains des plus importants organes de presse européens commencent à disparaître.

Le géant américain du Web a indiqué jeudi qu'il recevait chaque jour 1000 requêtes de suppression de résultats de recherches.

L'entreprise américaine doit se soumettre à une décision rendue en mai par la Cour européenne de justice, qui permet aux particuliers de réclamer le retrait de liens vers des pages comportant des renseignements personnels jugés embarrassants.

Parmi les nouvelles disparues figurent celles d'un arbitre de soccer ayant démissionné à la suite d'un scandale en 2010, d'employés de bureau français créant des oeuvres d'art avec des languettes adhésives (Post-It), d'un couple ayant eu des relations sexuelles dans un train, et d'un avocat faisant face à des accusations de fraude.

Au moins trois médias britanniques, incluant le journal The Guardian et l'organisme public de radiodiffusion BBC, ont affirmé avoir été informés par Google que les liens vers certains de leurs articles avaient été supprimés des résultats de recherches en Europe.

L'éditeur du site Mail Online, Martin Clarke, a estimé que cela revenait à «aller dans des bibliothèques pour brûler des livres que vous n'aimez pas».

Robert Preston, spécialiste de l'économie à la BBC, a indiqué que la suppression de l'une de ses interventions sur un blogue en 2007, dans le cadre de laquelle il se montrait critique à l'endroit de Stan O'Neal, alors président et chef de la direction de Merrill Lynch, signifiait qu'«à toutes fins pratiques, l'article a été retiré des documents publics, puisque le trajet de la plupart des gens vers l'information et les articles passe par Google».

Google commence à peine à mettre en application la décision de la Cour européenne de justice sur le «droit à l'oubli», et jusqu'à présent, les chiffres ne sont pas élevés.

Le Guardian a fait savoir que les liens vers six articles avaient été supprimés dans le cadre de ce qu'il a qualifié d'attaque contre la liberté de presse. La BBC a quant à elle indiqué qu'une intervention sur un blogue n'était plus accessible via Google, tandis que le Mail Online a vu quatre de ses articles subir un sort identique. Plusieurs médias allemands contactés jeudi ont dit ne pas avoir encore été avisés du retrait de leur contenu des résultats de recherches en ligne.

La société de Mountain View, en Californie, a indiqué avoir reçu plus de 70 000 requêtes de suppression de liens avant la fin du mois de juin. Chaque demandeur souhaite en moyenne le retrait de près de quatre liens, de sorte que ses spécialistes doivent examiner des centaines de millions de pages.

L'entreprise se retrouve dans une situation délicate. Elle est contrainte de se soumettre à la décision du tribunal européen, qui ne peut faire l'objet d'un appel, mais plusieurs retraits de résultats de recherches sont susceptibles de lui valoir des critiques.