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03/07/2014 08:32 EDT | Actualisé 02/09/2014 05:12 EDT

Israël: les cyber-activistes de la haine en ligne de mire

La spirale de vengeance menaçant d'embraser Israël et les Territoires palestiniens, après les meurtres de trois jeunes juifs et d'un jeune Palestinien, s'alimente sur les réseaux sociaux israéliens où des cyber-activistes et des milliers d'anonymes, dont des soldats, incitent à la haine anti-arabe.

Ces appels à la haine, qui ont poussé les autorités à sévir, se déclinent dans un kaléidoscope de photos publiées sur les réseaux sociaux et affichant le même mot d'ordre: "Vengeance!", écrit au marqueur sur des pancartes ou à même la peau puis postés sous forme de "selfies" sur l'internet.

Depuis la découverte lundi des corps des trois étudiants juifs assassinés en Cisjordanie, vécue comme un traumatisme national en Israël, cette campagne s'est catalysée sur une même page Facebook intitulée "Le peuple d'Israël exige vengeance" et qui a recueilli près de 35.000 soutiens jusqu'à sa disparition subite mercredi soir.

Cette page, rouverte jeudi, montre en particulier de très nombreux clichés de soldats et soldates, le visage masqué, réclamant la loi du talion au nom de leur unité, la plupart des unités d'infanterie opérant en Cisjordanie occupée.

"Comme d'habitude, il n'y a que les extrémistes qui se font entendre", remarque Rudy Saada, un journaliste spécialiste des réseaux sociaux.

"Les soldats cachent leur visage mais ils ne cachent pas le nom de leur unité. Ces unités-là sont mobilisées dans les Territoires, et ce ne sont pas forcément les plus éduquées de l'armée", observe-t-il.

Accusés d'avoir diffusé des messages malveillants sur la toile, quatre soldats ultra-orthodoxes ont été mis au cachot pour dix jours, selon les médias.

Ce n'est pas la première fois que l'armée israélienne fait face à une "cyber-sédition" de ses troupes sur Facebook mais cette fois, elle a annoncé qu'elle allait réagir "sévèrement".

"Il est dommage que le sentiment de deuil national soit exploité par des éléments politiques qui se livrent à des provocations et incitations en tentant d'impliquer l'armée", a déploré mercredi soir un porte-parole militaire.

Une cellule de la police spécialisée en cyber-criminalité a été chargée d'ouvrir une enquête sur les "incitations à la haine" et les appels à "agresser des innocents".

- De la toile à la rue -

De fait, d'inquiétantes expressions de racisme sont apparues en plein jour.

Mardi, près de 200 personnes ont pris part à un défilé anti-palestinien à Jérusalem qui a dégénéré en "chasse aux Arabes", selon des témoins. La police a annoncé avoir arrêté 47 manifestants soupçonnés de s'être livrés à des agressions contre des Palestiniens ou à des violences contre les forces de l'ordre.

La ministre de la Justice Tzipi Livni, une figure modérée du gouvernement Netanyahu, a déploré ce climat de haine.

"Il suffit de lire ce qui est écrit sur les réseaux sociaux qui sont devenus de dangereux et violents foyers d'incitation. Il ne faut pas laisser gagner les extrémistes", a plaidé Mme Livni devant des avocats à Eilat (sud).

"Il y a un lien entre les réseaux sociaux et les violences dans la rue", a estimé la députée de gauche Zaava Gal-On, précisant avoir demandé en vain depuis des mois au gouvernement d'intervenir pour punir les débordements racistes sur internet.

Dès l'enlèvement des trois jeunes Israéliens le 12 juin dans le sud de la Cisjordanie, et pendant les 18 jours de recherches fiévreuses, les Israéliens se sont rassemblés virtuellement autour du hashtag #bringbackourboys ("ramenez nos garçons").

Cette mobilisation a culminé avec un rassemblement de dizaines de milliers de personnes à Tel-Aviv, en présence des familles des disparus, la veille de la découverte des dépouilles.

Côté palestinien, des internautes n'ont pas caché leur joie après l'enlèvement des étudiants juifs.

Depuis mercredi, des militants palestiniens ont lancé le hashtag #dontburnourboys ("ne brûlez pas nos garçpons") après le meurtre d'un Palestinien de 16 ans, enlevé à Jérusalem-Est et dont le cadavre a été retrouvé brûlé.

Selon les médias, il pourrait s'agir d'un acte de vengeance de la part d'extrémistes israéliens.

Face aux cyber-campagnes xénophobes, un rassemblement organisé en quelques heures via Facebook par un forum antiraciste a réuni mercredi soir à Jérusalem 3.000 personnes contre l'atmosphère revancharde qui s'est emparée de la toile et de la rue.

dar-agr/fcc