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03/07/2014 10:56 EDT | Actualisé 02/09/2014 05:12 EDT

Feuilleton télé "humiliant": une grève dans les prisons tunisiennes annulée

Le syndicat tunisien des prisons, qui avait appelé à une grève générale jeudi pour protester contre un feuilleton télévisé jugé "humiliant" pour les agents pénitentiaires, a indiqué avoir renoncé à son action en reconnaissant avoir réagi de manière démesurée.

"Nous travaillons normalement", a dit à l'AFP Olfa Ayari, la présidente du syndicat, en expliquant que des discussions avaient eu lieu avec le gouvernement mais sans vouloir en dévoiler le contenu.

"Nous avons donné au feuilleton plus de valeur qu'il n'en méritait", a-t-elle reconnu. "Mais que le réalisateur ait été autorisé à tourner dans une prison (désaffectée, ndlr) et qu'il ait accédé à ses plans, c'est une catastrophe", a-t-elle ajouté.

D'après elle, la mort de quatre soldats la veille dans l'explosion d'une mine lors d'une opération contre des jihadistes présumés a aussi joué un rôle dans la décision d'annuler le mouvement.

Le porte-parole des prisons, Ridha Zaghdoud, a confirmé à l'AFP que l'administration pénitentiaire "travaillait à 100% de ses moyens".

Des agents pénitentiaires avaient manifesté mercredi devant la prison de Mornaguia, près de Tunis, contre un épisode du feuilleton "Maktoub" qui dépeignait la vie difficile de prisonniers dans leurs cellules et le comportement violent de certains agents, estimant qu'il portait atteinte aux gardiens de prison.

Mme Ayari avait annoncé une grève générale pour jeudi, au cours de laquelle les prisonniers auraient été privés des visites de leur famille et de leurs avocats, et exigé l'arrêt immédiat du feuilleton.

La chaîne privée diffusant le feuilleton, Ettounsiya, s'était dite mercredi dans un communiqué "étonnée" de la réaction "violente" du syndicat, soulignant avec ironie que "Maktoub est une fiction (...) et tout le monde sait que les prisons en Tunisie sont des hôtels cinq étoiles".

Sami Fehri, le patron d'Ettounsiya, a été libéré en septembre 2013 après plus d'une année de détention préventive pour une affaire de détournement de fonds.

Son arrestation avait fait scandale car elle était intervenue quelques jours après qu'il eut annoncé la suspension d'une émission de satire politique sur le modèle des "Guignols" français en dénonçant des pressions du gouvernement dirigé à l'époque par le parti islamiste Ennahda.

Selon un rapport de l'ONU publié en avril, les prisons tunisiennes sont surpeuplées et leurs infrastructures en mauvais état, rendant les conditions de vie des détenus extrêmement pénibles.

iba/alf/faa