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03/07/2014 06:13 EDT | Actualisé 03/07/2014 06:14 EDT

«Cyrano de Bergerac» au Festival Juste pour rire: le classique des classiques

TNM

«Cyrano, tu montes ça une fois dans ta vie! Cette offre passe à tous les 20 ans, alors, quand tu la reçois, tu sautes dessus, en sachant que ça ne se reproduira jamais…»

Ces paroles clamées par Serge Denoncourt prennent effectivement tout leur sens quand on se penche sur les vies empruntées par le classique d’Edmond Rostand sur les scènes québécoises. La dernière fois que Montréal a applaudi la fresque amoureuse créée à Paris en 1897, c’était en 1996, et Cyrano et sa Roxane étaient interprétés par Guy Nadon et Sophie Prégent, sous la direction d’Alice Ronfard, au Théâtre du Nouveau Monde (TNM). Puis, la fois d’avant, Gilles Pelletier incarnait le valeureux amoureux et Monique Lepage, l’objet de son désir, au gré des ordres de Jean-Luc Bastien, au Théâtre du Gesù. Cette version de 1973 a déjà soufflé ses quarante bougies d’anniversaire. L’œuvre a aussi été présentée dans la Vieille Capitale il y a quelques années.

Il faudra patienter jusqu’aux années 2030 pour connaître celui ou celle vers qui se passera le flambeau. En attendant, Serge Denoncourt se charge de l’offrande 2014 de Cyrano de Bergerac et fait porter le poids du légendaire triangle amoureux aux acteurs Patrice Robitaille, Magalie Lépine-Blondeau et François Xavier Dufour, qui seront entourés de 17 autres artistes, dont Normand Lévesque, Lénie Scoffié, Daniel Parent, Annette Garant, Gabriel Sabourin et Luc Bourgeois. La production de très grande envergure – 20 comédiens, 82 costumes, des scènes de combats et d’épées – est le fruit d’une association entre le TNM et le Festival Juste pour rire et tiendra l’affiche du 16 juillet au 16 août.

«Cyrano, ça ne vieillit pas, estime Serge Denoncourt. Ça représente une époque, il y a les chapeaux, les épées, mais le plus important dans la pièce, c’est l’amour. Cyrano de Bergerac, c’est un homme laid qui va aimer une fille belle toute sa vie, sans jamais oser le lui dire. Ça, ça existait au Moyen Âge, ça existait au début du siècle et ça va exister jusqu’à la fin des temps. Le vilain petit canard qui s’avère être un cygne, à la fin, ça ne peut pas vieillir…»

Émotion et vérité

La romance se dessine donc à sens unique entre Cyrano (Patrice Robitaille), homme de cœur et de parole, droit, brave, courageux, intelligent, cultivé et… affublé d’un nez horrible, qui le défigure, et sa cousine, la douce Roxane (Magalie Lépine-Blondeau). La belle, de son côté, n’a d’yeux que pour le chevalier Christian de Neuvillette (François-Xavier Dufour), un être séduisant de corps, mais petit et étroit d’esprit. Christian deviendra la voix de Cyrano en lisant à Roxane les lettres poétiques et enflammées composées par ce dernier, qui refuse de se dévoiler. Mais la jeune dame finira par découvrir le subterfuge…

Son Cyrano de Bergerac, Serge Denoncourt le veut à tout prix sans flafla, dans l’émotion et la vérité. Bien sûr, l’enrobage visuel promet d’être spectaculaire - il n’y a qu’à observer les maquettes des différents habits des personnages, exposées dans la salle de répétition du TNM, pour en juger -, mais le créateur cherche avant tout à toucher le cœur du spectateur en mettant l’emphase sur le caractère universel des thèmes de Cyrano de Bergerac.

«On est dans l’amour profond, l’amour qui dérange, l’amour qui fait pleurer. Quand on regarde Cyrano, les beaux gars s’identifient à Christian et les moins beaux, à Cyrano. Il y en a pour tout le monde! On veut tous être un Christian au début de la pièce et un Cyrano quand elle se termine.»

C’est d’ailleurs cette quête d’authenticité qui a mené Serge Denoncourt à Patrice Robitaille lorsqu’est venu le temps de donner un visage au héros au grand cœur.

«Je trouve que Patrice est un grand, grand comédien, souligne le metteur en scène. Il a souvent joué le Québécois moyen, mais j’avais envie de prouver à tout le monde qu’il peut faire quelque chose de carrément différent. Et puis, si Patrice ne le faisait pas, je ne le faisais pas, et si moi, je ne le faisais pas, Patrice ne le faisait pas non plus. On avait envie de travailler ensemble là-dessus.»

Coup de gueule

Allié naturel de Juste pour rire, Serge Denoncourt a orchestré de nombreux projets sous la bannière du rendez-vous estival, qu’on pense au Komedy Majik Cho l’an dernier, à la pièce Le prénom en 2012 ou encore aux prestations d’Arturo Brachetti, en 1999 et 2012. L’idée d’offrir Cyrano de Bergerac pour la 32e édition du Festival Juste pour rire est toutefois redevable à Gilbert Rozon, grand manitou de la compagnie. Denoncourt se réjouit d’ailleurs que des gens d’affaires comme lui osent encore rêver grand en matière de culture.

«C’était son rêve, note Serge Denoncourt. C’est sa pièce préférée. Je pense qu’il a la même envie que moi, que les familles et tous ceux qui ne connaissent pas Cyrano découvrent ce grand, grand texte, ce grand spectacle.»

«Parce que ça n’existe plus, ce genre de production. Des gros shows, il y en a de moins en moins, et uniquement pour des questions d’argent! Juste pour rire et le TNM, chacun de leur côté, n’auraient pas les moyens de faire Cyrano. Ce qui n’a aucun bon sens, à mon avis. C’est incompréhensible qu’une compagnie comme le TNM ne soit pas subventionnée, au provincial comme au fédéral, de façon à pouvoir monter des Cyrano, alors que c’est le mandat d’un théâtre de répertoire comme celui-là. Mais je ne veux pas m’étendre là-dessus…», conclut en souriant, sur ce gentil coup de gueule, celui qui besogne, présentement, sur des concepts à New York, en France et en Hollande, et sur trois pièces québécoises qu’on verra au cours de la prochaine saison.

La troupe de Cyrano de Bergerac s’installera au Théâtre du Nouveau Monde du 16 juillet au 16 août. Consultez le hahaha.com ou le tnm.qc.ca pour plus d’informations et acheter des billets.

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