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03/07/2014 01:42 EDT | Actualisé 01/09/2014 05:12 EDT

Cellules Stap: un conte de fée qui vire au mauvais polar de SF

C'est l'histoire d'une jeune chercheuse japonaise au brillant parcours qui rêve d'un prix Nobel et fait une découverte scientifique extraordinaire... mais qu'une fatale erreur "d'immaturité" relègue parmi les parias de la communauté scientifique nippone en partie discréditée.

Haruko Obokata avait pourtant belle allure en janvier sur la photo immortalisant l'événement. Ce n'est pas si courant au Japon, encore moins qu'ailleurs, qu'une jeune femme de 30 ans au profil de starlette signe deux articles majeurs dans la prestigieuse revue scientifique britannique Nature.

Mais la gloire allait tourner court. Quelques jours plus tard, des doutes émergent sur les images associées à sa communication sur un nouveau type de cellules dites Stap qu'elle aurait créées via un processus chimique inattendu.

Un des coauteurs, le professeur Teruhiko Wakayama de l'Université de Yamanashi, qui était pourtant lui aussi sur la photo, se met à contester les données publiées au motif qu'elles seraient en partie fausses.

L'institut public Riken, qui emploie Mme Obokata, créé une commission d'enquête qui conclut à la contrefaçon d'images, et de facto remet en cause l'ensemble des éléments présentés.

La chercheuse, entretemps hospitalisée, fait appel mais est déboutée. Et Nature a fini, avec le consentement soutiré à l'intéressée et l'approbation des 13 coauteurs, par retirer mercredi les articles en question.

Mais l'affaire ne s'arrête pas là: Mme Obokata n'est pour l'heure pas sanctionnée par son laboratoire, ce qui met en furie certains collègues, et, plus important, nul ne sait encore si les cellules Stap existent ou non.

En théorie, il s'agirait de cellules revenues à un stade indifférencié non pas par un quelconque procédé génétique inouï, mais par un stress causé par un trempage dans un liquide légèrement acide suivi d'un passage de quelques minutes dans une centrifugeuse et d'un séjour dans un environnement de culture. Eprouvées, une partie des cellules trouveraient dans le retour à un stade quasi embryonnaire un moyen de survie. Cette faculté permettrait ainsi de créer facilement des cellules capables d'évoluer en différents tissus et organes, une révolution pour la médecine régénérative.

Mme Obokata a beau prétendre avoir réussi 200 fois l'expérience, elle apparaît bien seule, avec son secret. Le Riken a pourtant choisi de la garder et de l'associer à de nouvelles recherches dans une salle spécialement aménagée "sous surveillance par deux caméras 24 heures sur 24".

Elle doit arriver et repartir les mains vides, et travailler sous l'oeil d'autres chercheurs et d'observateurs indépendants pour s'assurer qu'elle ne triche pas. C'est qu'on l'a quand même soupçonnée d'avoir auparavant subtitué des souris d'une espèce à une autre, et des cellules souches embryonnaires (ES) à des prétendues Stap, ce pour soutenir sa thèse de "l'acquisition de la pluripotence par stimulation".

- Les iPS dans la tourmente -

Tout cela ne serait qu'une petite agitation scientifico-people si les répercussions n'allaient pas au-delà des travaux de Mme Obokata.

Car les dégâts sont en fait bien plus graves: le doute est jeté sur nombre d'articles scientifiques, au point que le prix Nobel de médecine Shinya Yamanaka, découvreur des cellules souches pluripotentes induites (iPS), a récemment dû convoquer la presse pour démentir des soupçons de retouche d'images dans un article sur les cellules souches publié dans une revue scientifique en 2000.

Et cette semaine, une autre chercheuse du Riken, la responsable des premiers essais cliniques au monde de médecine régénérative au moyen desdites cellules iPS, a menacé de jeter l'éponge.

Masayo Takahashi ne comprend pas que le Riken n'ait pas encore sanctionné Mme Obokata et dit "ne pas tolérer son sens de l'éthique".

Elle a indiqué sur Twitter envisager de stopper les essais cliniques en raison du climat actuel qualifié de "dangereux" où la crédibilité de son institut est sérieusement entachée.

Ces tests sont pourtant une première mondiale de très grande importance alors que se joue une bataille internationale pour appliquer à la médecine la création et l'emploi des cellules iPS à partir de cellules matures génétiquement reprogrammées.

Même si d'aventure l'existence des Stap venait à être prouvée, il faudrait encore des années pour qu'elles arrivent à ce même stade d'avancement.

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